La bicyclette, ça ne se perd jamais dit l'adage. Quand on a perdu l'usage d'une partie de son corps cependant, le vélo représente tout un défi, mais aussi une façon d'améliorer sa qualité de vie.

Un texte de Carl Marchand

« Le vélo, c’est accessible, c’est normalisant. Les gens peuvent en faire avec leurs familles et c’est facile de partir de la maison avec les pistes cyclables », résume Julie Sanders, physiothérapeute au Centre de réadaptation en déficiences physiques (CRDP) de Chaudière-Appalaches.

« Ce qu’on veut, c’est rendre les gens les plus actifs possible », a-t-elle ajouté lors de la journée annuelle de démonstration de vélos adaptés qui se tenait cette semaine à l'Aquaréna de Lévis.

Pour Thérèse Gagné, résidente de Beaumont, c'était un retour sur une monture après une pause d'une vingtaine d'années à la suite d'un accident de voiture. La femme de 68 ans a des troubles d'équilibre et l'une de ses jambes n'a que très peu de force.

« Je fais un petit peu de progrès et on essaie de voir si ça peut être une bonne chose qui m’aiderait aussi à récupérer des forces. L’apprentissage du vélo, c’est une question d’équilibre et de force et ce sont deux choses que je dois travailler », explique-t-elle.

L'équilibre, c'est aussi ce qui manque à Maxime Gagnon. Le jeune homme de 25 ans a été victime d'une hémorragie cérébrale et d'un accident vasculaire cérébral lors d'une opération il y a deux ans.

« Mon équilibre, ma parole, ma main droite. Je suis droitier, mais ma main droite est pire que ma gauche », résume le résident de Lévis qui se déplace lentement mais sûrement à l'aide d'un bâton de marche.

Sportif avant ses problèmes de santé, il s'est mis au ski de fond l'an dernier et a participé à un camp d'entraînement de Ski Canada en Alberta. Le vélo n'est que la suite logique des choses.

« Je suis chanceux. Je suis assuré par mon travail. Je continue d’être payé, donc je vais sûrement m’en acheter un », assure Maxime qui espère commencer à enfiler les kilomètres en mai si tout se passe bien. « Tout dépendamment quand la neige va fondre. Ici, on ne sait jamais! »

Changer le mal de place

Une personne en fauteuil roulant poussera ses roues environ 3000 fois par jour, précise Dany Saint-Arnaud, propriétaire du Centre d’autonomie, qui vend des vélos adaptés. Lui-même a perdu l’usage de ses jambes il y 41 ans. L’un de ses modèles préférés : le vélo hybride qui s’arrime directement au fauteuil.

« On n’était pas venu au monde pour pousser un fauteuil. Souvent, les gens ont des atteintes aux membres supérieurs et aux épaules. Ça provoque une usure prématurée. Avec ça, je vais changer le groupe musculaire que je fais travailler », raconte-t-il.

Des clients lui racontent maintenant aller faire leurs emplettes à vélo, un choix parfois plus rapide que de passer du fauteuil roulant à la voiture tout en évitant les problèmes de stationnement.

Le coût d'un vélo hybride : environ 7500 $. Il faut également débourser au moins 5000 $ pour un vélo à main. Les modèles de performances eux atteindront 20 000 $.

Certains accidentés couverts par la SAAQ ou la CNESST peuvent espérer de l'aide financière, mais pour les autres, aucun programme n'est disponible et ils doivent compter sur la générosité et les campagnes de financement. Un non-sens, croit l'homme d'affaires.

« Ce qui est vrai pour les personnes sans handicap est encore plus vrai pour les personnes avec un handicap. De rester en forme, de rester actif, ça va coûter moins cher à tout le monde. On ne parle même pas de la qualité de vie. »

Le coût des équipements adaptés est souvent un frein, bien plus que la volonté, estime le fondeur paralympique Sébastien Fortier, fraîchement revenu des jeux de Pyeongchang.

« C’est la chose la plus malheureuse que j’ai constatée depuis le jour 1 après mon accident et que je constate aujourd’hui. »

Mais une fois qu'on s'est offert sa première monture, on ne sait jamais jusqu'où on peut se rendre avec le cyclisme adapté, poursuit l'athlète qui ne faisait que très peu de sport avant de perdre l'usage de ses jambes.

« C’est exactement comme ça que j’ai commencé. Je suis venu dans une activité pour essayer des vélos pour voir ce qui était disponible. C’est comme ça que j’ai choisi mon premier vélo en 2004, quelques mois après mon accident »,

Pour Michel Garant, pas question de viser les paralympiques, mais il a néanmoins un bagage impressionnant à partager avec les néophytes du cyclisme adapté.

L'homme de 61 ans se promet d'aller jusqu'au Yukon, puis de s'offrir une partie de chasse. Le défi ne l'effraie pas, lui, qui a déjà traversé le pays en 2012, un périple de 7200 km.

« Il y a beaucoup de gens que je connais qui ont fait le Canada en véhicule récréatif ou en moto. Ils me disent : "Garant, ça ne se peut pas!" Je leur dis que je n’ai pas monté une côte à pied, pas une! » lance-t-il en riant.

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