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Ressentir la musique : des personnes sourdes assistent à un concert de l’OSQ

Pour la première fois de leur vie, des personnes sourdes ont pu vivre le bonheur d'assister à un concert de musique classique, dimanche matin à Québec. Elles ne l'entendaient pas, mais ressentaient les vibrations grâce à un ballon tenu bien ferme entre leurs mains.

La salle Louis-Fréchette était pratiquement vide au Grand théâtre de Québec, à l’exception des premières rangées. Une vingtaine de personnes sourdes, accompagnées de leurs proches, étaient initiées à la 7e symphonie de Beethoven.

Ce n’était pas un concert officiel de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ), mais bien une répétition générale. Peu importe : certains spectateurs étaient émus aux larmes de vivre cette première expérience.

« Je n’ai jamais vu ça », a dit Madeline Gallichant en langage des signes. C’est sa fille, Manon L'Arrivée, qui faisait office d’interprète.

Mme Gallichant a expliqué que grâce au ballon qu’elle tenait entre ses mains pendant le concert, elle pouvait sentir la musique « monter et descendre ». « C’est doux », a-t-elle indiqué.

Les sensations sur sa peau étaient telles qu’elle admet avoir été surprise par l’intensité de la musique, à un certain moment. Elle explique avoir même ressenti les vibrations à l’intérieur de son visage.

Johanne Drouin a vécu la même chose. Elle assistait au concert en présence de son mari et de ses deux enfants, une première dans sa vie de famille. On pouvait voir les étoiles dans les yeux à sa sortie de la salle.

« Je vivais ça pour la première fois! J’avais déjà vu ça à la télévision », a-t-elle expliqué en langage des signes. « Je ne regrette pas d’être venue », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle aimerait vivre cette expérience à nouveau.

Un créneau à développer

La directrice du Comité d’aide aux femmes sourdes de Québec, qui chapeautait cette initiative, rappelle que la vaste majorité des concerts de musique ne sont pas adaptés à la réalité des personnes sourdes.

Or, en leur remettant un simple ballon, elles sont en mesure d’apprécier la musique différemment, indique Mélanie Leblanc.

« Souvent, elles vont ressentir beaucoup plus fort que nous les vibrations. On ne peut peut-être pas entendre chaque subtilité [grâce au ballon], mais assez pour sentir quand c'est fort ou faible, quand il y a un seul instrument ou plusieurs. »

« On savait que ce serait un moment phare dans leur vie », soutient Emmanuelle Pequin, directrice des projets spéciaux à l’OSQ. C’était la première fois que l’orchestre jouait spécifiquement pour des personnes sourdes.

« Ça m'interroge vraiment pour l'avenir pour mettre en place de plus en plus de projets de ce type », affirme Mme Péquin, qui croit que l’événement a été un succès sur toute la ligne.

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