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Révélation Radio-Canada : la belle revanche d'Hubert Lenoir

Sa pop éclectique charme. Son allure androgyne délie les langues. Ses mouvements lascifs à La voix choquent. Hubert Lenoir, qui a le don de faire parler de lui, est sacré mercredi Révélation Radio-Canada 2018-2019 dans la catégorie chanson.

Un texte de Pascale Fontaine

« Je suis quand même content, dit-il tout de go, avant de se raviser. En fait, non, je suis content », lance-t-il en songeant que ses chansons ont pu séduire les oreilles entraînées du jury.

Rien ne laissait présager un tel succès il y a plus d’un an. Hubert Lenoir et sa copine écrivaine, Noémie D. Leclerc, bidouillaient un concept ambitieux, viscéral : celui de créer un album/roman, Darlène.

« On partait de loin, se souvient-il en entrevue téléphonique. On n’avait pas de budget. On était tout seul dans notre petit appart [de Québec]. Quand on en parlait, les gens disaient que c’était compliqué. Ce n'était pas des bâtons dans les roues, mais on avait juste pas de tape dans le dos. »

Cette reconnaissance du diffuseur public est « une belle revanche », reconnaît le chanteur de 23 ans. Tant pour lui que pour les musiciens qui l’ont suivi dans son projet fou, malgré de minces cachets.

Loin de lui l’idée d’être coincé avec les oeillères du milieu musical où s’enchaînent écriture et enregistrement.

« Ça me fait chier ce concept-là, lâche Hubert Lenoir. Pour mes projets, je vois la musique beaucoup plus large, en ondes, en idées, en concept. [...] C’est beaucoup plus que des subventions, des tounes en magasin et des tournées. »

Il s’arrête. « Ça fait preacher, mon affaire, non? », demande-t-il franchement avant de reprendre ses explications.

« C’est un manque de respect envers l’art et la musique [...] quand tu vois ça juste en termes de plan de carrière. »

Travailler le son du passé

Claude Dubois, Jean-Pierre Ferland, Elton John... Son premier album, Darlène, est empreint du glam rock de la fin des années 70. « En aucun cas, je n’avais envie de faire du rétro ou d’ancrer ça dans les traditions. Ce n’est pas un album nostalgique », se défend le chanteur. Ces gens, je ne les ai pas connus à cette époque. Ils sont comme des superhéros pour moi. »

Et puis, il y a cette texture sonore avec laquelle il voulait travailler. « Les années 70, ce sont des sons très colorés qui me parlent complètement. J’aime tellement ça que j’en ai fait une signature sonore », raconte celui qui n’a écouté que du funk, du soul et du jazz tout au long de l’aventure.

De quoi sera donc fait l’avenir en dehors des sentiers battus? « Je suis en train de penser à mon prochain “effort artistique” », prend-il soin de préciser sans toutefois en dévoiler la teneur. « Je ne le pense pas en chansons, mais comme un cinéaste. »

Un look qui ne passe pas inaperçu

L’œil fardé, grande boucle à l’oreille, chemisier qui dévoile un physique androgyne : même David Bowie semble s’être glissé dans la garde-robe d’Hubert Lenoir. « Le maquillage, les vêtements, c’est extrêmement important pour moi. Je suis fasciné par les belles choses », dit celui qui fait du lèche-vitrine dans les boutiques hors de prix.

Sa prestation de La fille de personne II lors de la finale de La voix a suscité de vives réactions (il a montré le tatouage qu'il a sur la hanche, une fleur de lys éjaculant), mais aussi des propos carrément homophobes quant à son apparence ambiguë.

« J’en ai rien à foutre. Je ne voulais pas réagir [...] parce que je n’ai rien à dire aux homophobes », dit-il.

Se faire traiter de « fif » ou « d’accident de la nature », Hubert Lenoir se l’est fait dire dans la rue quand il était petit. Normal que les personnes qui l'insultaient en le voyant dans la rue réagissent de la même façon en le voyant à la télé, se contente d’expliquer l’artiste, imperméable à ce qui peut circuler sur les réseaux sociaux.

Malgré tout, il n’a aucunement l’intention de se censurer. Au contraire.

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