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Saint-Anselme, un exemple d'intégration des immigrants en milieu rural

Le développement rapide de l'usine Exceldor à Saint-Anselme a entraîné un important défi d'intégration. En 2008, la municipalité de Chaudière-Appalaches a accueilli près de 200 travailleurs étrangers en l'espace de quelques mois. Incursion dans ce village d'à peine 4000 habitants qui a appris à côtoyer et à apprécier la différence.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Originaire d’Haïti, Marcel Jean-Marie est venu travailler à l’usine d’Exceldor de Saint-Anselme en 2008. Avant d’emménager dans Bellechasse, il a aussi habité à Los Angeles, à Boston et à Montréal.

« Débarquer ici, à Saint-Anselme, dans un petit village, ce n'était pas évident, raconte M. Jean-Marie. Quand mes amis viennent me visiter, ils me posent tout le temps la même question : “Qu'est-ce qui vous a amené ici?” Je dis : “C'est le boulot.” »

À l’été 2008, Exceldor a décroché un important contrat avec la chaîne Costco. L’entreprise a dû faire appel à 200 travailleurs étrangers pour répondre à un besoin de main-d’oeuvre.

« La communication était un défi important. Même si plusieurs sont francophones, d’autres l'étaient moins. Il a fallu donner de la francisation à ces gens-là », explique le directeur des ressources humaines chez Exceldor, Nicolas Bilodeau.

Marcel Jean-Marie côtoie maintenant des collègues de près d'une trentaine de nationalités.

L’usine compte aujourd’hui 150 travailleurs immigrés sur 650 employés.

Les nationalités représentées par les employés d'Exceldor à Saint-Anselme

« La clé de l’intégration est le travail »

Pour le maire Michel Bonneau, « la clé de l’intégration est le travail ». Selon lui, la population de Saint-Anselme aurait moins bien accueilli les 200 nouveaux arrivants s’ils n’avaient pas contribué au développement économique de la région.

« S’il arrive quelqu’un dans une communauté qui soit blanc ou noir ou peu importe, qui ne travaille pas et qui est dépendant de la société, il y a une acceptation qui ne se fera pas », croit M. Bonneau.

Marcel Jean-Marie rétorque toutefois qu’il ne sentait pas qu’il était le bienvenu à son arrivée à l’usine en 2008.

« Il y a des gens qui nous voient comme des gens qui viennent voler leur job. Ils finissent par comprendre que si Exceldor fait venir des étrangers, des gens de couleur, c'est parce qu’ils ont un manque de main-d'oeuvre », affirme M. Jean-Marie. 

Manque de logements

L’arrivée massive de 150 nouveaux travailleurs à Saint-Anselme a eu comme effet de saturer l’offre résidentielle.

Depuis 2008, la Municipalité a développé un grand nombre d’unités résidentielles. « Il y a plein de blocs appartements qui se sont construits pour répondre à la demande. Pas sûr qu’on répond à 100 % à la demande », explique le maire, Michel Bonneau.

La Municipalité prévoit un autre projet immobilier de 200 logements pour l’an prochain.

Mais même si l’offre locative augmente, la recherche d’un logement demeure ardue pour les immigrants. « Il y a certaines personnes qui sont encore très réticentes et qui ne sont pas trop à l’aise à louer leur maison à des personnes immigrantes », déplore Marcel Jean-Marie.

Faciliter l’intégration

Aujourd’hui, M. Jean-Marie s’est acheté une maison, fréquente une femme d’origine québécoise et a un grand cercle social. Cette intégration n’aurait pas été possible sans l’appui d’Alpha Bellechasse.

L’organisme offre des services de francisation et d’alphabétisation en plus d’accompagner les nouveaux arrivants dans leur démarche d’immigration.

« Les défis c’est surtout que la population locale n’avait pas été préparée. C’est arrivé vraiment rapidement, et on n’a pas pu les informer qu’il y aurait 150 travailleurs qui sont des minorités visibles », explique la directrice générale d’Alpha Bellechasse, Céline Laflamme.

Leur division Liaison immigration Bellechasse dispose d’une panoplie de ressources destinées directement aux travailleurs étrangers, mais aussi à la population locale.

« Il a fallu travailler beaucoup à l’accueil et l’intégration, mais aussi beaucoup à la sensibilisation, à comprendre les chocs culturels, à comprendre les malentendus culturels et ça, on continue à en faire, même après huit ans », explique Mme Laflamme.

Marcel Jean-Marie témoigne que l’accueil des travailleurs étrangers s’est grandement amélioré depuis son arrivée, en 2008.

Le nombre d’immigrants installés dans la MRC de Bellechasse est estimé à 350. Ils habitent principalement à Saint-Anselme, Saint-Henri, Sainte-Claire, Saint-Damien, Honfleur et Saint-Lazare.

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