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Se faire battre par des dopés : la plus grosse peur d’Alex Harvey

« Ma plus grosse peur, c'est d'arriver dans une compétition où tu sais que tu es dans la forme de ta vie, que tu as de super skis, mais que ce n'est pas assez parce que tu te fais battre par des gens qui ont triché. » Alex Harvey sait qu'il ne lutte pas toujours à armes égales avec ses rivaux, mais se réjouit de savoir qu'il est tout de même possible de battre des tricheurs.

Le monde du ski de fond a été durement touché par l’explosif rapport McLaren sur le dopage en Russie et le train de sanctions qui a suivi sa publication, en 2016.

On apprenait par exemple cette semaine que Sergei Ustiugov, vainqueur du Tour de ski en 2017, était écarté des Jeux de Pyeongchang (comme 110 de ses compatriotes) par le panel du Comité international olympique (CIO) chargé de sélectionner les athlètes russes « propres » admissibles à participer à ces Jeux sous drapeau neutre.

D’autres fondeurs russes ont su cet automne qu’ils n’iraient pas aux JO, pour avoir été partie prenante d’un système de dopage étatique. Alexander Legkov et Maxim Vylegzhanin, qui ont donné à leur pays quatre médailles aux Jeux de Sotchi, sont du nombre. Dans leur cas, c’est justice rendue, croit Alex Harvey.

« J’aurais mis ma main au feu que ces athlètes-là [NDLR: les médaillés russes des Jeux de Sotchi liés à un système de dopage] n’étaient pas propres, affirme Alex Harvey. Ils n’étaient pas propres à Sotchi et ils n’étaient pas plus propres avant. Ça confirmait les doutes qu’on avait. Ce n’était donc pas une surprise pour nous. On s’y attendait. »

« Des cas de dopage, il y en a eu par le passé, mais ça continue encore et encore, se désole le fondeur québécois. Et ce sont encore des sports d’endurance qui sont fortement touchés par ça, comme le cyclisme. Ça entretient le cynisme par rapport à ces sports-là. C’est là que ça fait mal. »

Alex Harvey ne se fait pas d’illusions : les sanctions qui ont suivi la publication du rapport McLaren ont permis d’assainir son sport, mais n’ont pas tout réglé en matière de dopage. « D’autres athlètes seront probablement pincés. C’est une peur que j’ai », avoue-t-il.

« C’est possible de battre les gens qui trichent »

Mais cette peur est loin de le paralyser. Pourquoi s’en faire quand on a tout ce qu’il faut pour toucher proprement au succès? Des produits dopants peuvent certes donner des jambes à un fondeur, mais il y a tellement plus à une course, rappelle-t-il.

Tous ces autres paramètres s’observent d’ailleurs dans la saison de rêve (six podiums en Coupe du monde et le titre mondial du 50 km libre) qu’a connue Alex Harvey en 2016-2017 et dans ses excellents résultats cette saison (deux podiums, quatre autres tops 5 et la 3e place du classement du Tour de ski).

Il y a par exemple son entraîneur Louis Bouchard, le stratège avec lequel il prépare ses courses depuis qu’il a 15 ans. Il y a les Salomon, sur lesquels il skie depuis un peu plus d'un an, et le testeur de la compagnie qui le conseille dans ses choix de ski, un précieux allié qui s’est ajouté à son entourage.

Il y a aussi ses nouveaux farteurs, un Slovène et un Italien, qui amènent une « super-expertise » après avoir travaillé avec différentes équipes nationales, comme celles de Russie, d’Italie et de Pologne.

« Ils se challengent dans la cabine de fartage, explique Harvey. Ça permet d’expérimenter et d’essayer des choses que notre équipe, par le passé, avait peut-être jugées moins performantes et qu’on n’essayait plus. »

Sa voie vers le succès, Alex Harvey l’a tracée avec une équipe multidisciplinaire et une approche holistique de son sport, qui lui fait croire qu’il est possible de battre des athlètes dopés, malgré le « petit avantage » qu’ils se donnent.

Le prodige de Saint-Ferréol-les-Neiges semble en tirer une fierté. On sent aussi qu’il ne porte pas dans son cœur certains de ses adversaires russes sanctionnés, à l’entendre décrire le mur qui les coupe du reste du plateau.

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