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Se loger de peine et de misère à cause d'un handicap physique

Trouver un logement est une chose, mais trouver un logement adapté lorsqu'on est en fauteuil roulant en est une autre. Au Québec, près de 15 % des personnes ayant une incapacité liée à la motricité ont des besoins qui ne sont pas comblés dans leur logis.

Un texte d'Alexandre Duval

Sandra Langlois a longtemps fait partie de cette statistique. Atteinte du spina-bifida, Sandra se déplace en fauteuil roulant depuis qu’elle est enfant.

Longtemps, elle a vécu dans un appartement qui n’était pas adapté. En plus de lui compliquer la vie, son logis dilapidait ses revenus. Inapte au travail, Sandra subsiste grâce à l’aide sociale.

« Un moment donné, ce n’est pas une vie! Je ne connais personne qui, rendu au 5e jour du mois, n’a plus d’argent! », relate-t-elle.

Lorsqu’elle en a eu assez, elle a entrepris des démarches pour changer d’endroit. Un supplément de loyer lui a été accordé de telle sorte qu’elle ne paierait dorénavant pas plus de 25 % de ses revenus pour se loger; c'est le gouvernement québécois qui assumerait le reste de la facture.

Trois années de recherches

Mais la partie était loin d’être gagnée. Sandra ne se doutait pas qu’il lui faudrait trois années de recherches avant de trouver son nouveau logement.

Techniquement, elle aurait pu bénéficier du programme d’adaptation de domicile, qui offre jusqu’à 16 000 $ pour adapter un logis en fonction des besoins d’une personne handicapée. Or, les appels de Sandra dépassaient rarement le stade des questions de base.

« Je me butais plus souvent qu’autrement à "désolé, le logement n’est pas accessible" ou "désolé, le logement n’est pas assez grand pour un fauteuil roulant" », se souvient-elle.

Un appartement pas trop cher, assez spacieux pour qu’elle s’y déplace en fauteuil roulant, sans marches, avec des comptoirs de cuisine plus bas et des barres d’appui dans la salle de bain, on n’en trouve pas à tous les coins de rue.

C’est grâce à l’aide de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) qu’elle a finalement trouvé son nouveau toit, dans une coopérative. Un trois et demi situé au rez-de-chaussée, déjà adapté et près de tous les services.

Elle y vit depuis 10 ans et n’a aucune intention de déménager. « Je suis bien. »

Des plaintes stables d’année en année

Bon an, mal an, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) ouvre une quinzaine de dossiers pour de la discrimination dans l’accès au logement. À la base de ces plaintes, on retrouve les handicaps physiques eux-mêmes ou encore les moyens pour pallier ces handicaps, soit les fauteuils roulants ou les chiens d’assistance.

« C'est vraiment la pointe de l'iceberg, précise Johanne Magloire, conseillère à la CDPDJ. Mais sur le terrain, la Commission est à même de constater qu'il y a une problématique », ajoute-t-elle.

Outre la persistance des préjugés, Mme Magloire dit entendre régulièrement que les mesures comme le supplément au loyer ou encore le programme d’adaptation de domicile ne suffisent pas.

Des programmes pas assez inclusifs?

Le cas de Valérie Lessard illustre bien comment il est possible de ne pas correspondre aux critères qui permettent d’obtenir de l’aide pour se loger.

À 24 ans, elle étudie à temps plein à la maîtrise en orthophonie à l’Université Laval. Atteinte de paralysie cérébrale, elle a tenté de se trouver une chambre dans les résidences universitaires, mais en vain.

Comme elle bénéficie du programme de prêts et bourses du gouvernement, Valérie n’est pas admissible au supplément au loyer. Or, les logements qui répondent à ses besoins à proximité de l’Université Laval sont rares et chers.

Après avoir convoité une vingtaine d’appartements, elle a dû se résigner. « De tous ceux que j’ai visités, je n’ai pas pu faire de choix. Il n’y en avait qu’un seul qui convenait à tous les critères. » Conséquence : son loyer coûte 30 % plus cher que ce qu’elle avait prévu, dit-elle.

Heureusement, ses parents l’aident à assumer ses frais de subsistance. Mais elle insiste : sans ce soutien familial, elle ne sait pas comment elle ferait pour boucler ses fins de mois.

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