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Sévices sexuels : un ex-réserviste de Québec veut intenter un recours collectif contre l'Armée canadienne

Un ancien membre du régiment des Voltigeurs vient de déposer une demande d'autorisation afin d'intenter un recours collectif contre les Forces armées canadiennes pour agression et harcèlement sexuel. Il s'agit d'une première au Québec. Ailleurs au pays, d'anciens militaires de la Nouvelle-Écosse, de la Colombie-Britannique et de l'Ontario ont entrepris la même démarche.

Un texte de Cathy Senay

Alexandre Tessier a commencé son service militaire en janvier 2001 au sein du Régiment des Voltigeurs à Québec. Le 12 mai, le jeune homme de 19 ans aurait été victime d'un acte à caractère sexuel dans un dortoir de la base de Valcartier la nuit, pendant qu'il dormait.

« Je me suis réveillé le lendemain matin dans mon lit. Je suis allé me raser. Il y avait une odeur de sperme qui se dégageait. »

L'été suivant, un coéquipier lui a expliqué que des militaires s'étaient masturbés au-dessus de lui et lui avaient donné des coups de pénis au visage. « Je n'avais pas d'expérience sexuelle à l'époque. J'étais jeune, j'étais en formation militaire. J'ai mis ça de côté et j'ai fait comme si rien ne s'était passé », raconte-t-il.

Au fil des années, Alexandre Tessier affirme avoir été victime de railleries et de harcèlement. Mais il n'a réellement pris conscience de la nature de l'incident que pendant sa mission dans le sud de l'Afghanistan en 2007. Un confrère lui a alors mentionné lors d'une discussion animée : « Alexandre, ferme ta gueule, on sait ce qui est arrivé! »

Alexandre Tessier a ensuite confronté le réserviste qui avait rapporté la nouvelle dans l'équipe. Ce dernier aurait été témoin de l'incident en mai 2001.

En 2011, 10 ans plus tard, Alexandre Tessier a craqué. Il a confié son agression à un médecin de la base de Valcartier. Il a quitté les Forces armées canadiennes en 2013.

Il est toujours en thérapie. « Pour guérir de ça, pour passer à travers de ça, je dois avoir des excuses des Forces armées canadiennes. Ce n'est pas tant l'acte lui-même que le harcèlement qui a suivi », dit-il.

Le bon recours?

Au cours des dernières années, Alexandre Tessier a porté plainte à la police militaire. Il a reçu une indemnité d'invalidité en lien avec cette agression du ministère des Anciens Combattants. Il a également intenté une poursuite civile contre l'armée pour sévices sexuels à l'automne 2015.

Cette requête est pendante, explique son avocat Jean-Daniel Quessy. « Il y avait dans les intentions d'intenter une démarche de provoquer un changement de mœurs [...] C'est ce que rend possible un recours collectif. »

Depuis l'automne, les demandes d'autorisation de recours collectif contre l'Armée canadienne pour sévices sexuels se sont multipliées au pays. À l'heure actuelle, cinq demandes de recours ont été déposées en incluant celle d'Alexandre Tessier. « À ce stade-ci, on ne connaît pas la position du Procureur général du Canada encore », souligne Me Quessy.

Ces requêtes se sont appuyées sur le rapport de la juge à la retraite Marie Deschamps déposé au printemps 2015 sur les inconduites sexuelles dans l'Armée canadienne, de même que sur le sondage de Statistique Canada sur les agressions et le harcèlement sexuels dans les Forces dévoilé en novembre.

« Au début, je croyais que j'étais vraiment seul dans cette situation-là, explique Alexandre Tessier. Au cours des derniers mois, j'ai réalisé que ce n'était pas le cas. J'ai été profondément choqué par les chiffres que j'ai vus, puis ça me motive à aller jusqu'au bout d'un recours collectif. »

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