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Ski de fond paralympique: la pause salutaire de Sébastien Fortier

À Pyeongchang, le fondeur paralympique Sébastien Fortier participera à ses troisièmes Jeux. Après une performance en deçà de ses attentes à Sotchi et une pause de deux ans en dehors du circuit compétitif, le Québécois débarque en Corée du Sud dans la meilleure forme de sa carrière.

Si l'athlète de 31 ans ne se fixe pas d’objectif autre que d’améliorer ses marques personnelles, sa 10e place au 15 km assis des Championnats du monde 2017 le place tout de même dans le groupe de ceux qui peuvent prétendre au podium.

Il y a quelques semaines, Sébastien Fortier a accepté de répondre à nos questions sur son parcours.

Q - PEUX-TU NOUS RACONTER TON ACCIDENT?

R. En 2003, j’étais étudiant, je venais de finir mon secondaire 5. Je m’apprêtais à commencer mon DEP en charpenterie-menuiserie. Je travaillais dans une usine, j'avais une job étudiante. Dix-neuf charpentes m’ont basculé sur la tête, j’ai eu une fracture de la colonne et j’ai subi une paralysie instantanée.

Q. COMMENT EN ES-TU VENU À FAIRE DU SKI DE FOND PARALYMPIQUE?

R. J’ai eu besoin d’être hospitalisé deux semaines, puis j’ai passé sept mois en réadaptation intensive. C’est là que le soutien familial a été super important. J’ai aussi rencontré une personne exceptionnelle en Pierre Pomerleau [un entraîneur impliqué depuis une trentaine d’années dans le sport adapté au Québec, NDLR], qui m’a initié au sport.

Je n’étais pas actif avant mon accident, et c’est comme ça que j’ai appris à aimer le sport et la compétition.

À l’été 2009, Pierre me coachait en vélo. Il pensait que mes chances seraient bonnes de me qualifier pour les Jeux paralympiques de Vancouver si je passais au ski de fond. J’ai mis le vélo de côté, même si j’en fais encore pour le plaisir. J’ai commencé à m’entraîner sur une base régulière en ski.

Ça a été un succès instantané, j’ai pu me qualifier pour les Jeux de l’année suivante et j’ai intégré l’équipe nationale pour plusieurs années.

Q. TU ES AUSSI ALLÉ AUX JEUX DE SOTCHI. COMMENT SE SONT DÉROULÉES TA QUALIFICATION ET TA PERFORMANCE LÀ-BAS?

R. Mes qualifications ont été très difficiles, j’étais blessé aux deux épaules. J’ai eu besoin de multiples injections de cortisone pour récupérer.

Je n’étais pas dans une bonne forme à Sotchi, j’avais mal aux épaules et au dos. Aux Jeux, je n’étais qu’un figurant. Je n’ai pas eu les performances que je voulais, mais représenter mon pays, ça m’a apporté un sentiment de fierté indescriptible.

Après, j’étais très découragé, car mes performances n’étaient pas à la hauteur. J’ai été rayé de l’équipe nationale et j’ai vraiment pris mon temps pour récupérer de mes blessures, sans pression de performer.

J’ai recommencé à m’entraîner cinq ou six jours par semaine deux ans plus tard, en 2016. De revenir lentement, ça a été la meilleure décision de ma carrière. Je suis arrivé sans pression pour représenter mon pays en Coupe du monde et aux Championnats mondiaux de 2017.

Q. JUSTEMENT, PEUX-TU NOUS RACONTER CE QUI T'EST ARRIVÉ AU 15 KM DES DERNIERS MONDIAUX?

R. C’était ma première compétition internationale en trois ans. On avait six tours à faire. Au deuxième, j’étais déjà épuisé, j’avais des douleurs, mais l’entraîneur me disait que j’étais dans une bonne course, que j’étais bien placé au classement.

Mon physique ne voulait pas suivre, mais à cette course-là, j’ai décidé que c’est ma tête qui allait décider. Finalement, j’ai battu mes records personnels et j’ai fini 10e au monde. J’étais satisfait et fier de moi.

Après la course, j’étais complètement épuisé, je n’avais aucune énergie à la fin. C’est tellement valorisant de performer à ce niveau-là, je veux toujours continuer, tant que la passion va être là.

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