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Tenter de sauver Raif Badawi tout en vendant des blindés à l'Arabie saoudite 

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a dû expliquer une fois de plus la décision du Canada de vendre de 900 véhicules blindés à l'Arabie saoudite. Lors d'un sur la sécurité internationale, organisé à Québec vendredi, il a souligné qu'un retrait du gouvernement de ce contrat de 15 milliards de dollars aurait amputé les chances de libérer le blogueur Raif Badawi.

Un texte de Cathy Senay

Le discours du ministre avait pour titre « Le Canada, architecte résolu de la paix ». Or, bon nombre de questions des participants au Forum ont porté sur la vente de véhicules blindés, fabriqués par la compagnie ontarienne General Dynamics Land System, à l'Arabie saoudite, un régime autoritaire.

Le ministre Dion a rappelé qu'il a reçu un rapport d'experts sur la façon dont l'équipement vendu à l'Arabie saoudite sera utilisé. Selon ce rapport, le matériel militaire vendu à ce pays depuis 1993 n'a pas servi à violer les droits de la personne. Qui plus est, Stéphane Dion indique que le gouvernement libéral est sur le point de signer le Traité du commerce des armes qui est en vigueur depuis 2014.

« Ça va tenir le Canada responsable de continuer à faire ce qu'il fait déjà : de s'assurer que les équipements militaires que l'on vend sont utilisés à bon escient. Et on va revoir nos réglementations pour s'assurer que nous sommes bien en conformité avec le traité. »

Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières, était présent dans la salle lors du passage du ministre Dion. Son organisme est très actif dans les pourparlers pour la libération du blogueur Raif Badawi. Selon lui, le dilemme est encore entier. « S'il n'y a pas ce contrat. S'il est annulé, est-ce que le Canada a le même rapport de force avec l'Arabie saoudite pour discuter du cas de Raif Badawi? » se questionne-t-il.

Pour le ministre Dion, la réponse est sans équivoque : « On aurait perdu toute possibilité d'avoir la moindre influence en Arabie saoudite. Ça aurait été la rupture entre les deux États. Ça aurait résonné jusqu'aux Nations Unies. Ça aurait été quelque chose de très senti et notre capacité d'aider M. Badawi, ou des Canadiens en difficulté en Arabie saoudite, aurait été complètement compromise. »

Si le ministre Dion croit encore aujourd'hui qu'accorder les licences d'exportation des véhicules blindés était la bonne chose à faire, il maintient qu'il a le pouvoir de bloquer la transaction si l'équipement militaire devait être utilisé à mauvais escient.

Pour M. Paradis, ce dossier épineux constitue une sorte de test pour le nouveau ministre des Affaires étrangères. « C'est une question extrêmement délicate. Et c'est là où sa doctrine va prendre tout son sens, va s'incarner », dit-il.

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