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Uber : le ministre Lessard ne rallie pas l'industrie du taxi

L'un après l'autre, les représentants de l'industrie du taxi sont sortis déçus, lundi, de leur rencontre respective avec le ministre des Transports du Québec, Laurent Lessard, qui les avait invités à discuter de l'entente conclue avec Uber. Afin d'adopter une approche commune, ils entendent d'ailleurs se réunir entre eux mardi matin.

Premier à rencontrer le ministre Lessard, Guy Chevrette, le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT), n'a pas caché sa frustration à l'issue de son entretien. Aux 18 questions qu'il dit avoir posées au ministre, il a obtenu des réponses qui lui ont visiblement déplu.

« Ils pensent qu'ils ont la vérité, ils considèrent qu'Uber oeuvre dans la légalité présentement », a-t-il dénoncé au cours d'un impromptu de presse dans le hall de l'Assemblée nationale. « C'est clair, c'est évident, pour lui, tout est légal, tout est parfait [dans l'entente], malgré toutes les preuves tangibles qu'on lui donne. »

Benoit Jugand, du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), a de son côté mentionné que le gouvernement Couillard fermait la porte à sa principale demande, celle de suspendre l'entente avec Uber en attendant que le gouvernement entende l'industrie du taxi.

Le RTAM voulait « donner la chance au ministre de faire un pas en arrière », mais il ne l'a pas fait, a déploré M. Jugand, évoquant cependant une « rencontre très courtoise » et de « bons échanges ».

Si son regroupement a obtenu des explications sur le projet pilote, il n'a toutefois pas obtenu de réponses aux demandes qu'il a formulées, a-t-il dit. Interrogé sur les moyens de pression que les chauffeurs de taxi pourraient employer, M. Jugand n'a rien écarté. « Tout est encore sur la table », a-t-il ajouté.

Le Regroupement des propriétaires de taxi de la capitale, y compris son président, Hamid Nadji, a lui aussi rencontré le ministre Lessard.

Tentative pour en arriver à une stratégie commune

M. Chevrette a mentionné que l'ensemble des groupes du taxi se rencontreront mardi, à Montréal, à 10 h 30.

Il espère que l'industrie, divisée en plusieurs groupes qui ne parlent pas d'une même voix, s'unira pour faire valoir ses revendications. « On va décider peut-être de moyens juridiques et sans doute d'un plan d'action. »

Évoquant certaines menaces brandies par des chauffeurs de taxi, M. Chevrette a prévenu qu'il n'accepterait pas les « dérapages ».

Pas question de toucher au transport adapté pour handicapés ou encore de bloquer les ponts que pourraient emprunter les ambulances, comme l'ont évoqué certains chauffeurs de taxi, a-t-il souligné.

« C'est demain matin qu'on verra s'il y a front commun ou pas », a-t-il dit.

Benoit Jugand semblait pour sa part avoir bon espoir de voir les différents regroupements de l'industrie, aux intérêts divers, afficher un front uni.

Les chauffeurs de taxi entendent faire appel aux tribunaux pour contester le projet pilote annoncé avec Uber. Ils plaident notamment que l'entente avec le gouvernement ne sera pas en vigueur avant 20 jours et que d'ici là, les chauffeurs d'Uber travaillent toujours dans l'illégalité. Le déclenchement d'une grève de 24 à 48 heures a notamment été évoqué dès cette semaine à Québec.

Pas question de revenir en arrière, dit Québec

En point de presse, en fin d'après-midi, le ministre Lessard a soutenu que l'entente était légale, selon les experts qu'il a consultés.

Interrogé sur la demande de suspension de l'entente formulée par divers membres de l'industrie, il a répondu qu'il avait plutôt négocié un pouvoir de résiliation unilatéral si Uber ne respectait pas l'entente. « On n'a pas négocié dans l'entente une suspension. Ce n'est pas sur le modèle de suspension, mais honnêtement, ben plus pire [sic], c'est mettre fin à l'entente si les conditions ne sont pas respectées », a-t-il déclaré.

Le ministre a reconnu que les représentants avaient exprimé des préoccupations financières. Il a cependant dit leur avoir offert deux volets de collaboration pour mesurer, tout au long du projet pilote d'un an, les impacts de l'entente sur les propriétaires de taxi, mais également sur les chauffeurs de taxi qui ne possèdent pas un permis de taxi.

Il a ajouté qu'il s'inspirerait « des meilleures pratiques » dans le monde.

Le ministre a aussi dû répondre aux questions des journalistes, qui demandaient si Uber agissait présentement dans la légalité, notamment parce que l'entreprise n'a pas encore son permis d'intermédiaire.

Il a répété que l'entente avait été conclue dans un cadre légal et que l'application de la loi issue du projet de loi 110 sur l'industrie du taxi était pour l'instant à la discrétion des policiers. « Ça va être comme ça tant que l'arrêté ministériel ne sera pas soumis », a-t-il affirmé.

Le ministre a en outre mentionné qu'il rencontrerait mardi le maire de Montréal, Denis Coderre, et celui de Québec, Régis Labeaume, pour parler de l'entente avec Uber.

Il a également mis en garde les chauffeurs contre de possibles gestes d'éclat.

Québec solidaire réclame la suspension de l'entente

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a de son côté fait parvenir lundi matin une lettre au ministre Lessard lui demandant de suspendre l'entente entre le gouvernement et Uber.

« Ce que nous comprenons de cette entente, c'est que ça n'a rien de bon pour les chauffeurs, pour les petits propriétaires, pour les artisans du taxi », a-t-il expliqué en entrevue à ICI RDI.

Selon le député, l'entente est « en violation du consensus qui avait été bâti - péniblement, mais quand même de manière ouverte et transparente - avec les deux précédents ministres » des Transports, Robert Poëti et Jacques Daoust.

La loi issue du projet de loi 110 sur l'industrie du taxi a été adoptée sous le bâillon en juin dernier.

L'entente avec Uber n'est cependant pas décriée par toute l'industrie. L'homme d'affaires Alexandre Taillefer estime en effet que le gouvernement du Québec a réussi à aller chercher des « conditions inégalées nulle part ailleurs dans le monde », notamment grâce à la remise obligatoire de TPS et de TVQ imposée à Uber.

Le propriétaire de Téo Taxi, qui s'est porté acquéreur de Taxi Hochelaga et de Taxi Diamond, qui représentent 40 % du marché du taxi montréalais, a du même souffle dénoncé l'attitude des chauffeurs qui menacent de « prendre en otage la population ».

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