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Un camp de pêche pour vétérans en quête de reconnaissance

Depuis 2011, le projet Les Eaux curatives vient en aide aux vétérans souffrant de blessures physiques et psychologiques. Au fil des ans, les thérapies alternatives du genre pour les anciens militaires se sont multipliées. Le nerf de la guerre : se démarquer.

Un texte de Cathy Senay

« C’est pas juste un voyage. C’est un programme », explique Gervais Jeffrey, président national du projet Les Eaux Curatives.

Le programme est étalé sur plusieurs semaines et inclut des cours de fabrication de mouches, des cours de maîtrise du lancer et un camp de pêche dans la Forêt Montmorency au nord de Québec. « On invite la personne à continuer de s’impliquer avec nous autres, à nous aider, à socialiser, à monter des mouches », indique Gervais Jeffrey, lui-même ancien militaire passionné de pêche à la mouche.

Entreprendre l’ascension du Kilimandjaro ou une excursion en ski au pôle Sud, posséder un chien d'assistance ou encore réparer des motos : les façons dites « thérapeutiques » de lutter contre les blessures liées au stress opérationnel sont devenues nombreuses au cours des dernières années. Ces mesures ont d'abord été mises en place aux États-Unis à la suite des déploiements en Irak et en Afghanistan. Elles ont ensuite inspiré plusieurs services d'aide et d'activités ponctuelles au Canada. Le projet de la pêche à la mouche est d'ailleurs inspiré de Healing Waters Fly Fishing, un projet fort populaire aux États-Unis depuis sa création, en 2005.

Manque de reconnaissance

Le programme Le Eaux Curatives cherche toujours à être reconnu par le ministère des Anciens combattants, déplore Gervais Jeffrey. Une centaine de militaires et d'ex-militaires ont participé au programme depuis 2011.

Gervais Jeffrey veut mettre en place un groupe de travail afin de documenter les bienfaits de la pêche à la pêche à la mouche sur la santé auprès du Ministère.

« En parler, c’est guérir »

C’est le deuxième été où le camp de pêche à la mouche du projet Les Eaux Curatives accueille non seulement d’anciens combattants de la grande région de Québec mais aussi provenant d'autres provinces, dont l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.

Cela donne lieu à des échanges étonnants raconte Charles Boudreau, un ancien mécanicien de la Force aérienne devenu le coordonnateur du projet Les Eaux Curatives au Nouveau-Brunswick.

James Lévesque a quant à lui passé 35 ans au sein de la Marine royale canadienne. Il participe pour la première fois au camp de pêche à la mouche pas parce qu’il souffre lui-même de blessures invisibles. Il souhaite aussi échanger avec ses confrères.

« Je veux leur faire voir les chemins de la guérison à travers la communication ou encore en consommant une certaine quantité de marijuana », explique-t-il

Philippe de Guise a participé pour la première fois au programme Les Eaux Curatives en 2012. Au cours des années suivantes, il a connu des hauts et des bas. La tempête étant désormais derrière lui, l'ex-militaire est devenu le coordonnateur du projet pour le Québec.

« Je voulais redonner ce que j’avais reçu. » Sa nouvelle tâche est très gratifiante, surtout quand il voit les résultats à la fin du camp de pêche. « Il se crée une magie. Puis il y a les sourires. Les gars me disent…ça fait des années que je n’ai pas bien dormi de même. »

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