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Un collier pour contrer les effets des commotions cérébrales

Le fabricant d'équipement de hockey Bauer a lancé, mercredi, un collier pour contrer le fléau des commotions cérébrales tant chez les hockeyeurs, que les joueurs de football ou de soccer.

Un texte de Jean-Philippe Martin

Le NeuroShield se targue d'être la première technologie à utiliser la physiologie corporelle pour aider à stabiliser le cerveau.

À l'Entrepôt du hockey de Québec, le produit a déjà son présentoir sur le plancher et certains conseillers ont reçu une formation spécifique au produit.

« Le collier applique une pression au niveau du cou pour augmenter la quantité de sang à l'intérieur de la boîte crânienne. Le fait d'avoir davantage de sang va empêcher beaucoup de mouvement du cerveau pour réduire l'intensité d'une commotion cérébrale », explique le chef d'équipe des ventes, Guillaume Ratté-Boulay

Lors d'un coup à la tête, le cerveau entre en collision avec les parois de la boîte crânienne, ce qui crée des lésions au cerveau.

« L'objectif est d'empêcher des changements dans la structure du cerveau, ajoute le conseiller. Ces changements vont faire en sorte qu'on peut subir des symptômes post-commotionnels, comme des dépressions, des maux de tête ou de la difficulté à supporter la luminosité. »

Le NeuroShield est l'idée du Dr David Smith, du centre médical de l'Hôpital pour enfants de Cincinnati, en Ohio. Il est le résultat de sept ans de recherche et de développement.

Le produit a été créé par la compagnie Q30 Technology, qui a vendu les droits de commercialisation à Bauer pour le marché canadien.

Le Canada est d'ailleurs le seul pays à avoir homologué le collier. L'organisme Food and Drug Administration (FDA) n'a toujours pas autorisé la vente du produit au marché américain.

Commercialisation trop rapide?

Le NeuroShield se base sur trois études réalisées sur de jeunes joueurs de football et de hockey. Ces études ont été publiées entre autres dans le British Journal of Sports Medecine et Frontier in Neurology.

Grâce des techniques d'imagerie, ces études ont démontré des changements moins significatifs de la microstructure du cerveau chez les sujets qui ont porté le collier, comparativement à ceux qui ne le portaient pas.

Le docteur Pierre Frémont, professeur la Faculté de médecine de l'Université Laval et président de la Collaboration canadienne sur les commotions cérébrales, estime que les conclusions de ces recherches sont fort intéressantes, mais il doute qu'elles soient suffisantes pour lancer un tel produit.

« Les auteurs de l'article scientifique concluent qu'il s'agit d'un possible effet intéressant qui ouvre la porte à de la recherche additionnelle. Ça, pour moi, c'est une conclusion raisonnable. Là, on se retrouve l'année suivant la publication de ces résultats-là, avec la commercialisation d'un produit. Entre l'un et l'autre, il y a toute une marge qui, à mon avis, n'a pas été correctement étudiée », souligne le spécialiste.

De plus, bien que la compagnie Bauer assure que le port du collier n'ait pas d'incidence sur le débit du flux sanguin qui entre et qui sort du cerveau, Pierre Frémont se questionne quant aux risques associés à une compression des veines du cou.

« Ça fait partie des choses qui doivent être étudiées à plus long terme sur un plus gros échantillon. Si l'on se retrouve avec un phénomène thromboembolique, est-ce que ce serait acceptable? C'est le genre de question qu'on peut se poser à ce stade-ci. »

Un protocole de vente strict

La compagnie Bauer offre le collier en huit tailles différentes et prend les moyens pour que l'ajustement soit optimal.

À l'Entrepôt du hockey de Québec, les sept conseillers formés sont les seuls à pouvoir guider les clients dans leur achat.

« Le collier doit être bien ajusté. Ici, on a un gabarit pour s'assurer d'avoir exactement le bon fit pour la circonférence du cou d'une personne, parce qu'il faut que la pression soit appliquée exactement au bon endroit dans le cou pour que le produit soit efficace », explique Guillaume Ratté-Boulay.

Les acheteurs devront payer 199 $ avant taxes pour se procurer le collier.

Le collier NeuroShield a été homologué pour être utilisé pendant un an. Cette utilisation est fondée sur le taux de participation au jeu et d'utilisation du collier d'un athlète moyen.

« Ce n'est pas que le produit n'est plus efficace après un an. C'est qu'après un an, Bauer ne garantit plus les bienfaits de prévention du collier. Ça demeure un ressort de métal. Ils ont fait des tests et ils évaluent qu'il va perdre son efficacité après 10 000 ouvertures. »

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