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Un débat pour intéresser les citoyens à la réforme électorale

Au moment où Justin Trudeau laisse entendre que la réforme électorale promise il y a un an n'aura peut-être pas lieu, le milieu universitaire souhaite approfondir la connaissance des Canadiens vis-à-vis cet enjeu.

Un texte d'Alexandre Duval

Tôt ou tard, le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour qui prévaut au Canada disparaîtra, prédit le professeur de science politique à l'Université Laval, Marc-André Bodet.

« Tranquillement, les pays l'abandonnent les uns après les autres et personne ne passe d'un autre système à celui-ci », indique-t-il. Les Canadiens devraient donc être au fait des options qui s'offrent à eux, ce qui n'est pas le cas de la majorité, croit-il.

Pourtant, la question n'est pas anodine : les modes de scrutin influencent notamment la façon dont le pouvoir est exercé, avec plus ou moins de collaboration entre les partis, insiste Marc-André-Bodet.

Aux côtés de trois autres professeurs d'universités canadiennes, il participera donc à un débat, jeudi soir à l'Université McGill, où chacun défendra un mode de scrutin différent. L'événement sera aussi diffusé sur le site web de la chaîne CPAC.

Outre le scrutin majoritaire uninominal à un tour, le public en apprendra davantage sur le vote alternatif, le scrutin proportionnel avec listes ouvertes et le scrutin mixte compensatoire.

« C'est une occasion rêvée d'examiner quels sont les mérites et les limites de quatre modes de scrutin », soutient André Blais, professeur au département de science politique de l'Université de Montréal.

Au terme de ce débat organisé par le Centre pour l'étude de la citoyenneté démocratique (CECD), les membres du public seront invités à voter en ligne pour leur système préféré.

Si les résultats démontrent de l'appétit des citoyens pour un changement, le CECD compte les mettre à profit pour inviter le gouvernement fédéral à ne pas renier sa promesse de réformer le mode de scrutin.

Une réforme en veilleuse?

Mercredi matin, dans les pages du Devoir, le premier ministre Justin Trudeau confiait qu'il pourrait abandonner la réforme électorale s'il n'a pas un large appui de la population canadienne pour le faire. Il s'agissait pourtant d'une de ses promesses lors de la dernière campagne électorale.

Un comité parlementaire sillonne actuellement le pays à ce sujet et doit remettre son rapport d'ici le 1er décembre, mais Justin Trudeau a aussi laissé entendre qu'il pourrait ne pas en appliquer les recommandations.

« Ce n'est pas la première fois qu'on fait des comités consultatifs pour gagner du temps ou pour acheter la paix, dit Marc-André Bodet. Je trouve que c'est un symptôme de la centralisation du pouvoir au bureau du premier ministre qui ne laisse pas les élus de la Chambre des communes délibérer et prendre les décisions sur ces enjeux-là. »

Le gouvernement fédéral se montre également réfractaire à l'idée de tenir un référendum pour entériner un nouveau mode de scrutin. Or, il s'agirait justement du meilleur moyen pour informer les citoyens et connaître leur préférence, selon André Blais.

La ministre fédérale des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, assistera au débat organisé par le CECD jeudi soir, tout comme deux membres du comité parlementaire mis sur pied par le gouvernement.

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