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Un médecin aurait planifié un règlement de comptes

Un chirurgien-ophtalmologiste de la Côte-Nord, le Dr Danny Dreige, fait face à des accusations d'extorsion, de menaces de mort et de harcèlement à l'endroit d'un homme d'affaires de Québec.

Un texte de Yannick Bergeron

Le plaignant est le Dr Éric Savard, l'optométriste qui a fondé la chaîne de lunetteries La Vue.

« Tout semble pointer sur un contrat qui a été placé sur la tête de monsieur Savard », a fait valoir le procureur de la poursuite, Me Jean-Philippe Robitaille, pour s'opposer à la remise en liberté du Dr Dreige, lundi.

Le médecin spécialiste aurait eu un différend financier avec le Dr Savard après avoir investi près de 4 millions de dollars dans son entreprise.

Le Dr Dreige a été arrêté vendredi après avoir été enregistré à son insu lors d'une rencontre « d'affaires » avec Éric Savard au centre commercial Laurier Québec.

En raison des soupçons qui pesaient sur l'accusé, la police a obtenu un mandat pour munir le plaignant d'un appareil d'enregistrement communément appelé un « bodypack ».

Selon la poursuite, le Dr Dreige aurait multiplié les menaces, notamment en insinuant à plusieurs reprises que la sécurité du Dr Savard était compromise.

Danny Dreige lui aurait dit que c'était son oncle qui avait payé en grande partie l'investissement et qu'il s'inquiétait pour sa mise de fonds.

Il aurait également confié au Dr Savard qu'il avait « contrôlé un ami » en récupérant son arme à feu et un silencieux.

Pour calmer les investisseurs, Éric Savard a alors souscrit à une police d'assurance vie de 5 millions de dollars dont le bénéficiaire est le Dr Dreige.

Règlement de comptes

Lors d'une rencontre subséquente, à la fin mars, l'accusé aurait confié à Éric Savard que son oncle était « incontrôlable » et qu'il le faisait suivre depuis deux semaines pour faire du repérage.

L'accusé aurait eu en sa possession des photos montrant les plaques d'immatriculation des véhicules du Dr Savard et de sa conjointe. Il aurait aussi insinué qu'il savait où leurs enfants allaient à l'école.

« Tu sais, quand le repérage est fait, il reste juste l'action à faire », aurait alors déclaré l'accusé en laissant entendre qu'un règlement de comptes coûtait seulement 30 000 $.

C'est à la suite de cette rencontre que l'homme d'affaires a porté plainte à la police et que l'entretien enregistré a eu lieu.

Le contenu de cet enregistrement n'a pas été dévoilé lors de l'audience sur la remise en liberté du Dr Dreige, mais le document devrait être déposé en preuve dans le cadre du procès à venir.

« Il laisse tomber son masque »

Au moment de son arrestation, la poursuite révèle que le Dr Danny Dreige avait 10 000 $ en sa possession. Les policiers auraient également retrouvé un verrou de gâchette pour arme à feu dans son véhicule.

Me Robitaille, qui a regardé l'interrogatoire policier, a relaté devant la cour que l'accusé aurait admis les faits après avoir été confronté aux enregistrements audio. « Il se met à pleurer et passe aux aveux », raconte le procureur de la poursuite.

« Il laisse tomber son masque », illustre-t-il en expliquant que le Dr Dreige aurait avoué avoir inventé l'histoire de l'oncle.

Selon Me Robitaille, l'accusé confie ensuite aux policiers qu'il s'inquiète pour sa réputation et son travail.

« Il y a des patients qui attendent des chirurgies en ce moment, a d'ailleurs fait valoir son avocate pour demander sa remise en liberté. On ne peut pas l'empêcher de gagner sa vie et faire vivre sa famille », a plaidé Me Marie-Josée Jobidon.

Danny Dreige a témoigné qu'il devait pratiquer des opérations à Québec hier, avant de se rendre à Baie-Comeau, où trois jours de chirurgie sont prévus cette semaine.

L'avocate de la défense a ajouté que le médecin n'avait pas d'antécédents judiciaires, et que la preuve présentée à l'audience serait contestée lors d'un éventuel procès.

La conjointe de l'accusé, mère de leurs deux enfants, a aussi témoigné pour se porter garante et offrir 8000 $ en garantie.

Le juge Carl Thibault a entendu les arguments des deux parties et décidera mercredi si le chirurgien peut retrouver sa liberté en attendant son procès.

Chirurgien public-privé

Le Dr Danny Dreige pratique en centre hospitalier sur la Côte-Nord.

Six jours par mois, il se désaffilie de la RAMQ pour pouvoir travailler en clinique privée à Québec. Il exerce alors à l'Institut privé de chirurgie située sur la Grande Allée.

Le site Internet de l'entreprise fait état de son long cheminement professionnel et des quelque 11 000 chirurgies de la cataracte qu'il a effectuées depuis le début de sa carrière.

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