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Un psychiatre sort de l'hôpital pour combattre la maladie mentale

Le psychiatre Roch-Hugo Bouchard a une vision bien personnelle des soins de santé. Il a décidé de sortir du milieu hospitalier traditionnel pour aller à la rencontre de patients avec de graves problèmes en santé mentale ou de toxicomanie.

Un texte de Camille Simard

Depuis maintenant six mois, le professionnel affilié à I'Institut en santé mentale de Québec (CIUSSS-CN) collabore avec la coopérative de santé sans médecin SABSA, située dans le quartier Saint-Roch. Il rencontre en moyenne quatre patients tous les mercredis.

C'est la seule façon de rejoindre une clientèle qui a de la difficulté à se retrouver dans le système de santé traditionnel, estime-t-il.

« Ce sont des gens qui ne correspondent pas ou ne veulent pas correspondre à une image, à des critères que représentent les services publics, à travers un hôpital psychiatrique. »

Plusieurs patients sont passés par l'urgence psychiatrique et en ressortent avec une image négative, souligne le psychiatre.

« L'urgence psychiatrique, c'est d'abord un accès un peu difficile, l'attente est longue, les gens craignent l'hôpital. Ils craignent d'y être contraints. La porte est fermée, on doit aussi se départir de ses vêtements. Avoir des mesures de sécurité, pour un individu, ça peut être une expérience difficile », croit Roch-Hugo Bouchard,

L'idée de la maladie mentale peut amener un individu à penser qu'il sera gardé longtemps à l'hôpital, contre son gré.

Sans carte d'assurance-maladie

Près de 10 % des personnes qui se présentent à la clinique SABSA n'ont pas de carte d'assurance-maladie. Ce n'est pas un problème pour le psychiatre. Il se dit très à l'aise de ne pas obtenir de rémunération.

« Les gens qui n'ont pas de carte d'assurance-maladie, on tentera de faire en sorte qu'ils s'inscrivent dans ce réseau-là éventuellement. Mais ce n'est pas un empêchement pour qu'ils rencontrent un médecin », croit-il.

Michel Caron, un résident de Québec âgé de 55 ans, consultait le psychiatre lors de la visite de Radio-Canada.

Atteint d'un trouble de bipolarité, M. Caron est passé par l'hôpital psychiatrique l'été dernier pour un séjour de trois mois consécutifs.

Aujourd'hui, Michel Caron a réduit de moitié sa consommation de médicaments.

Sans tourner le dos au système de santé, il estime avoir trouvé en l'équipe de SABSA l'accompagnement dont il avait besoin.

« Quand je viens à mon rendez-vous, je trouve ça personnel, ça roule comme un CLSC. J'arrive ici, c'est comme une petite famille, on se connaît, on se parle. Je sens le contact meilleur, c'est moins problématique, c'est moins gros, c'est pas un hôpital, c'est simplement une place où je vais rencontrer le docteur Bouchard », affirme-t-il.

Elle salue l'arrivée du psychiatre

L'infirmière praticienne à la tête de la clinique, Isabelle Tétu, constate le cheminement des patients au fil des rencontres.

Elle estime que l'arrivée du psychiatre aide à mieux cerner les problématiques.

« Un regard externe avec un riche bagage sur certaines situations, surtout sur les troubles en santé mentale, ça nous guide dans nos interventions », explique-t-elle.

L'infirmière constate elle aussi que plusieurs patients suivis à la clinique SABSA ont vécu une certaine « brisure » avec le système de santé. Certains n'en gardent pas de bons souvenirs.

« Ils ont eu des contentions, ils ont eu parfois des altercations avec les professionnels qui étaient sur place, ils ont l'impression que le diagnostic s'est fait rapidement. »

La clinique SABSA voit en moyenne 3600 patients par année.

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