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Une approche novatrice contre le cancer à l'Hôtel-Dieu de Québec

Une nouvelle approche médicale attire des Canadiens, et même des Américains, atteints d'une forme rare de cancer à Québec. Le traitement offert à l'Hôtel-Dieu permet de prolonger la vie des patients et de soulager leurs symptômes. Une découverte qui pourrait s'appliquer à d'autres types de maladies cancéreuses plus répandues.

Un texte de Fanny Samson

La thérapie radiopeptidique, ce nouveau traitement de radiothérapie interne, est offerte aux patients atteints de tumeurs neuroendocrines, qui touchent souvent le système digestif.

« [Ces tumeurs] sont souvent diagnostiquées à un stade très tardif, alors qu'elles se sont répandues ailleurs dans le corps, et qu'on ne peut malheureusement plus les guérir », explique le médecin spécialiste en médecine nucléaire Jean-Mathieu Beauregard, qui dirige les essais cliniques à l’Hôtel-Dieu de Québec.

Il s’agit d’une forme de cancer rare qui évolue lentement, mais qui touche de plus en plus de personnes. Le taux d'incidence de cette maladie est en croissance constante depuis les 30 à 40 dernières années.

Comme les traitements existants provoquent des effets secondaires importants, Jean-Mathieu Beauregard a lancé un projet novateur en 2012.

« C’est un traitement qui est ciblé, alors qui va se localiser vraiment sur la tumeur, pour délivrer une radiothérapie sur la tumeur de façon très localisée », précise-t-il.

Médecine personnalisée

À l’aide d’une imagerie médicale de pointe, le traitement de radiothérapie interne est adapté à chaque personne.

Selon les résultats obtenus, le patient reçoit une quantité de médicament radioactif personnalisé, alors que normalement, tous les patients reçoivent la même dose.

Il s'agit d'« ajuster la quantité du médicament radioactif qu’on va utiliser pour irradier au maximum les tumeurs, mais en limitant l’irradiation des autres organes, puis de diminuer au minimum les complications ou effets secondaires du traitement », souligne le spécialiste.

Dans certains cas, la progression du cancer peut être retardée d'environ cinq ans, selon les différentes études qui ont été menées.

La thérapie radiopeptidique vient tout juste d’être approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, mais elle n’a pas encore reçu l’aval de Santé Canada.

Des patients d’ailleurs

Plus de 100 patients ont reçu plus de 300 traitements depuis le début du projet. Environ le quart des patients vient du Canada, et parfois des États-Unis.

Même si le traitement de radiothérapie interne est offert dans plusieurs centres, notamment en Alberta et en Ontario, l’approche n’est pas la même.

Howard Guerevich, un patient de Winnipeg, fait le voyage jusqu’à Québec pour obtenir ce traitement personnalisé. Il a appris qu’il était atteint d’un cancer de stade 4 il y a plus d’un an.

« Mon médecin m’a dit qu’il y avait plusieurs options pour moi, que j’étais chanceux parce que mon type de cancer est très rare. Qu’on ne peut pas le guérir, mais qu’on peut le traiter », dit-il, ajoutant qu’on lui a alors proposé de participer à un essai clinique à Québec.

M. Guerevich a obtenu son premier traitement il y a huit semaines et il devra en recevoir deux autres.

« Évidemment, on essaie de faire en sorte que les patients voyagent le moins possible, mais comme c’est une maladie relativement rare, et qu’il y a un nombre limité de centres, c’est plus difficile de l’offrir partout », indique le médecin.

L’Hôtel-Dieu de Québec tente de nouvelles approches, en combinant le même genre de thérapie avec un autre médicament radioactif qui est actuellement développé pour le cancer de la prostate, qui est très fréquent.

« Donc très bientôt, pour des patients avec des cancers de la prostate avancés pour lesquels il n’y a pas d’autre traitement efficace possible, [la thérapie radiopeptidique] va être disponible. On espère qu'ici, à Québec, nous serons en mesure de l’offrir dès l’an prochain », termine le médecin Jean-Mathieu Beauregard.

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