Le témoignage de Simon* lève le voile sur une éducation religieuse rigide et un régime de vie sectaire que le pasteur baptiste, Claude Guillot aurait imposés à des enfants dans sa résidence de Québec.

Un texte de Yannick Bergeron

Simon est aujourd'hui âgé d'une vingtaine d'années. Alors qu'il avait 5 ans, il a été confié par son père au pasteur qui tenait une école religieuse stricte, dans le sous-sol de sa résidence du quartier Chauveau.

Claude Guillot, 67 ans, subit en ce moment son procès pour des gestes de violence envers six enfants.

Quand Simon arrive chez le pasteur, en 2004, son frère aîné s'y trouve déjà. Il n'a alors aucun souvenir de son aîné qui a été placé chez Guillot trois ans plus tôt pour régler des « problèmes de comportement ».

Les règles très strictes de la maison ne permettront pas à Simon de renouer avec son frère. Il ne peut même pas le regarder. Il devra attendre trois ans avant de pouvoir échanger un regard avec son frère, sans être puni.

Les deux frères voient leur père une fois par semaine à l'église, mais tous les liens sont coupés avec leur mère.

Le pasteur Guillot la qualifie « d'insoumise » de « diable en personne » et de « salope », selon Simon.

Quand les enfants écrivent une composition dans laquelle il est question de leur mère, ils utilisent d'ailleurs l'expression « salope », pour la désigner.

« J'y ai cru pendant longtemps que ma mère était démoniaque », laisse tomber le jeune homme, devant le juge Christian Boulet.

Les enfants, ils sont cinq au total dans la classe, reçoivent un enseignement biblique du matin au soir.

Les enseignements de Guillot le coupent du monde extérieur.

« Les gens qui y vivent sont des ennemies qui vivent dans le péché. Si tu prends contact avec eux, tu vas finir en enfer », illustre Simon.

Les élèves doivent fréquemment confesser leurs péchés et en subir les conséquences.

Les pensées impures et la masturbation sont sévèrement punies.

Dans les travaux scolaires, l'écriture doit être parfaite. Sinon, le contrevenant s'expose à une conséquence.

Punitions

En mai 2009, Simon est surpris à jeter un coup d'oeil par la fenêtre.

Il sera alors contraint à faire des compositions pendant cinq mois, n'ayant le droit de mettre le nez dehors qu'à trois reprises.

Tout en témoignant, Simon cite des versets de la Bible, démontrant qu'ils sont bien incrustés dans sa mémoire.

Cette phrase, Simon la connaît par coeur puisqu'il l'a copiée, entre 6 h et 22 h, pendant près de trois semaines.

Le repas punitif, consiste-lui, à des tartinades de beurre d'arachides. Simon sera soumis à ce régime « matin, midi, soir » pendant des semaines.

Faire « du debout »

Une autre punition consiste à faire « du debout ». Il explique que l'enfant devait se tenir dans un coin face au mur, les pieds dans un angle parfait de 45 degrés, les mains placées sur les coutures de son pantalon.

Il est interdit de bouger, sans quoi la punition est prolongée.

« Entre 2006 et 2008, j'ai dû faire six mois comme ça », spécifie Simon. Il se rappelle qu'en 2007, il a été 41 jours consécutifs dans cette position, qu'il devait ternir de 7 h à 22 h. « C'est atroce la douleur dans les pieds et dans les jambes », précise le jeune homme.

Pour oublier la douleur, il se concentre sur le « tic » de l'horloge qui lui indique qu'une heure vient de passer.

« C'était ma seule façon de savoir il était rendu quelle heure et combien de temps il me restait. »

Le juge Boulet a par la suite offert à Simon de poursuivre son témoignage assis, ce qu'il a accepté.

Les squats

Simon est sorti du banc des accusés pour montrer au juge en quoi consistait un autre type de conséquence, les squats.

Mains sur les hanches, le dos bien droit, il faut descendre le fessier jusqu'aux talons.

Il a déjà été contraint de faire 4300 répétitions en une seule journée.

L'exercice n'aurait pas satisfait Claude Guillot qui estimait que les squats n'étaient pas faits correctement.

Le pasteur aurait alors demandé à sa fille d'enlever les lunettes de Simon.

Après cet épisode, Simon remarque du rouge dans son urine et en avise la fille de son présumé bourreau.

« C'est sûrement un jugement de Dieu. Tu as probablement un cancer », lui aurait-elle lancé.

Le témoin affirme avoir été frappé par le pasteur à au moins trois occasions différentes.

L'évasion

Au printemps 2014, alors qu'il a une quinzaine d'années, Simon décide qu'il en a assez. « Je me sentais en train de devenir fou. Il fallait que je sorte de là », résume-t-il.

Lors d'une sortie pour ramasser des feuilles mortes, il remarque qu'un autobus passe dans le quartier Chauveau. Il note l'heure de passage et élabore son plan.

Après quelques jours, il synchronise sa fuite avec l'arrivée de l'autobus. Une fois à l'intérieur, il ne sait même pas quoi faire. Il n'a pas d'argent.

« Je n'avais aucune idée comment ça marche », explique-t-il au sujet du transport en commun.

Il a la chance de tomber sur un chauffeur conciliant qui va lui donner des transferts et la marche à suivre pour se rendre chez sa mère qu'il n'a pas vue depuis 10 ans.

« Elle ne m'a pas reconnu », souligne Simon.

Depuis, il tente de reconstruire sa vie. Il a peur de représailles de la part de Claude Guillot, mais craint davantage « d'être foudroyé par Dieu », une peur qui lui a été inculquée durant toute sa jeunesse.

Les enseignements sont toujours bien ancrés en lui.

Il est incapable de tisser des liens avec le monde extérieur.

« Je ne peux pas expliquer à quelqu'un ce qui s'est passé, ça représente presque la totalité de ma vie, jusqu'à maintenant ».

Le pasteur Claude Guillot conteste les accusations.

Son procès qui a débuté la semaine dernière doit durer trois semaines.

*prénom fictif

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