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Une mère atteinte d’un cancer se sent abandonnée par Ottawa

Un an et demi après que le gouvernement Trudeau ait promis de prolonger la durée des prestations de maladie de l'assurance-emploi, les travailleurs canadiens qui se retrouvent au repos forcé pour des raisons de santé n'ont toujours droit qu'à 15 semaines d'allocations. Une situation qui plonge dans la précarité des milliers de patients incapables de reprendre le travail lorsque leurs versements prennent fin.

Un texte de Louis Gagné

Christine Roussel, une mère monoparentale de Québec atteinte d’un cancer du sein, a été contrainte de prendre un congé maladie à l’hiver 2017 afin de subir des traitements de chimiothérapie. Même si elles représentaient une diminution de revenus, ses prestations d’assurance-emploi lui permettaient de joindre les deux bouts.

« J’avais droit à 800 $ aux 2 semaines, ce qui me permettait d’arriver. Je payais mon loyer, je faisais mes choses, je donnais à manger à mes enfants, j’étais capable », raconte la femme de 41 ans en entrevue à Radio-Canada.

Les choses ont commencé à se gâter à partir du 24 juin 2017, date à laquelle ses prestations de maladie ont pris fin. N’ayant pas souscrit à une assurance-salaire, la mère de deux enfants a alors dû se rabattre sur l’aide sociale.

« Ç’a été drastique. Je recevais un chèque de 757 $ par mois. Je me suis battue, je suis allée voir mon député fédéral. J’ai demandé de l’aide parce qu’on sait très bien qu’avec 757 $ par mois, on n’arrivera pas », confie-t-elle.

Forcée de reprendre le travail

Incapable de subsister avec les prestations d’aide sociale, la résidente de Québec a recommencé à travailler le 22 décembre dernier, et ce, même si son état de santé ne le lui permettait pas.

« Je suis retournée travailler très rapidement, trop rapidement, mais je n’avais pas le choix. Il fallait que je recommence à travailler. Je n’étais plus capable d’être sur l’aide sociale », raconte celle qui occupe un emploi dans le domaine de la santé.

Engagement

En septembre 2016, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, s’était engagé à réviser la durée des prestations de maladie de l’assurance-emploi lors d’une entrevue avec l’animateur du Téléjournal du Grand Montréal, Patrice Roy.

« La réponse est oui. Nous allons effectivement revoir ce délai, ce processus et tout […] l’appui aux familles et aux individus qui en ont besoin, qui vivent des situations très difficiles. Donc la réponse est très claire, M. Roy, c’est oui », avait lancé M. Duclos.

Dix-huit mois plus tard, la situation demeure cependant inchangée, même si le gouvernement a apporté quelques bonifications au programme de l’assurance-emploi pour les proches aidants, notamment les parents d’enfants gravement malades.

Ottawa a également annoncé que les personnes malades pourraient retourner graduellement au travail tout en continuant de percevoir des prestations de maladie.

« Jouer à l’autruche »

Même si elle salue ces mesures, Christine Roussel martèle qu’il faut augmenter la durée des prestations, comme le ministre Duclos s’est engagé à le faire.

« Me permettre de reprendre le travail à temps partiel, ça n’aurait rien changé pour moi, parce que quand mes prestations ont pris fin, j’étais en plein traitements de chimiothérapie. J’avais des effets secondaires, des problèmes articulaires, des problèmes à me lever, de la fatigue. Jamais je n’aurais été capable de continuer, même à temps partiel. »

Épuisée, Mme Roussel a dû à nouveau arrêter de travailler au cours des derniers jours. Comme elle n’a pas accumulé assez d’heures pour toucher des prestations de chômage, la mère monoparentale va devoir se contenter, encore une fois, des allocations d’aide sociale.

« C’est dur. Ce n’est pas un choix qui est facile, mais là, il faut que je me repose. »

Avec les informations de Nicole Germain

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