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Une milice armée d'extrême droite s'implante au Québec

La milice armée d'extrême droite du III % (milice du trois pour cent) s'implante actuellement dans plusieurs régions du Québec. Pour devenir membres du mouvement des « threepers », les aspirants doivent notamment détenir un permis de possession d'armes à feu.

Un reportage de Maxime Corneau

Radio-Canada a observé pendant plusieurs mois les échanges entre les membres de ce regroupement sur les réseaux sociaux. La milice se définit comme un rassemblement de « patriotes » assurant la « résistance » aux abus des gouvernements en place.

Barbara Perry, professeure au département de sciences sociales de l’Université de l’Ontario, connaît bien ce mouvement. Elle souligne qu’il est apparu aux États-Unis il y a une dizaine d’années.

« Ils idéalisent un Québec francophone, blanc et sans immigration [traduction] », résume Mme Perry en parlant des factions québécoises du groupe fondées depuis environ un an.

Bien que les membres affirment être pacifistes sur les réseaux sociaux, ils font tout de même une apologie de l’armement.

Depuis peu, pour devenir membres des différentes cellules des III % au Québec, les candidats doivent confirmer être détenteurs d'un permis de possession d’armes à feu.

Sur une page Facebook du mouvement au Canada anglais, des images d’entraînement paramilitaire de membres québécois ont été publiées. On y voit une dizaine d’individus anonymes qui s'exercent aux techniques militaires en milieu forestier.

Les membres du groupe partagent d’ailleurs régulièrement des images de leurs armes et de leurs équipements de combat.

Un mouvement d’extrême droite

Maxime Fiset, un agent de prévention au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, voit sortir de l’ombre ce mouvement venu de nos voisins du sud. « Il existe quelques chapitres des trois pour cent au Québec », précise-t-il.

Il explique qu’il est très difficile de quantifier le phénomène puisque les activités officielles du groupe se font généralement entre membres en règle qui ne cherchent pas la publicité.

« C’est un mouvement d’extrême droite, c’est d’ailleurs l’un des mouvements qui est le plus à surveiller en termes de potentiel de violence. Les membres ne sont peut-être pas violents dans l’immédiat et ne le seront peut-être jamais, mais ils sont équipés et entraînés. »

Pour M. Fiset, il ne fait aucun doute que le mouvement du III % est une milice qui fonctionne sous forme de petites cellules autonomes. « C’est une milice! […] Ils s’entraînent, avec des armes, pour le combat dans divers scénarios. Pour eux, un individu qui n’est pas armé et prêt à se défendre par la violence n’est pas un membre qui vaut la peine d’être recruté. »

Policiers au fait du phénomène

Tant du côté de la Sûreté du Québec que de la Gendarmerie royale du Canada, on affirme être au fait de l’existence de ce mouvement, sans toutefois préciser si des enquêtes sont en cours.

Annie Delisle de la GRC rappelle que la Gendarmerie royale du Canada « n'enquête pas sur des mouvements ou des idéologies, mais plutôt sur les activités criminelles perpétuées par des individus portant une menace à la sécurité des Canadiens ».

Cette réponse est à toute fin pratique similaire à celle donnée par la Sûreté du Québec.

Anti-immigration

Lors de l’observation des activités du groupe sur Internet, Radio-Canada a relevé des commentaires anti-immigration et islamophobes.

L’actuel premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est d’ailleurs régulièrement représenté comme une menace à la sécurité nationale, principalement en lien avec ses positions sur l’immigration.

Des membres des III % de l’Ontario ont participé à un rassemblement anti-immigration du groupe d’extrême droite Pegida à London, le 26 août dernier. Les membres de la milice, munis d’équipements de protection militaires, assuraient la sécurité.

Barbara Perry confirme que les membres des milices III % partagent l’idéologie de plusieurs groupes d’extrême droite, ce qui l’inquiète.

« C’est ce qui me terrifie avec ces groupes. C’est un mélange d’idéologie, d’hostilité envers certaines communautés, d’armement et d’entraînement tactique. »

Maxime Fiset affirme avoir vu lors de la manifestation de La Meute à Québec, des individus arborant des symboles à l'effigie du groupe en marge du rassemblement.

Les membres des groupes québécois du III % contactés par Radio-Canada ont tous décliné nos demandes d’entrevues.

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