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Une première médaille pour des marathoniens en herbe du Nunavik

Huit jeunes de Tasiujaq, au Nunavik, participeront aux épreuves de 2 et 5 km du Marathon SSQ de Québec, à la fin août. Le défi peut paraître banal pour certains, mais les entraînements réguliers des jeunes coureurs depuis cinq mois ont apporté un vent de fraîcheur à la petite communauté de 370 habitants.

Un texte de Charles D'Amboise

L'histoire débute en avril dernier lorsque Josée Massicotte, l'infirmière du village, marche vers la clinique pour courir sur le seul tapis roulant de Tasiujaq. Une bande de jeunes filles s'avance vers elle. « Est-ce qu'on peut venir essayer le tapis roulant? », demandent-elles.

Pendant qu'une autre bande d'ados flâne à quelques mètres, l'infirmière les invite à l'intérieur et accepte de mettre son entraînement sur la glace. « Si je disais non, c'est sûr qu'ils auraient fait d'autres choses et on sait que l'âge moyen pour commencer à consommer est de 10 ou 11 ans ici », explique-t-elle.

Devant l'engouement des jeunes filles, Josée propose des séances de course dans les rues du village. Sans le vouloir, elle devient en quelques semaines la « coach de course » des jeunes de Tasiujaq.

Puis, un soir, Josée a une idée. « Ces jeunes-là devaient avoir un objectif. Pour eux, l'engagement à long terme est très difficile. Tout fonctionne avec le temps de la chasse. C'est dur pour eux de se bâtir des objectifs dans le temps. »

Quelques jours plus tard, elle propose à quelques jeunes de participer au Marathon de Québec. En quelques semaines, le projet prend forme. Parmi ceux qui viennent aux entraînements, l'infirmière arrête son choix sur deux garçons et six filles âgés entre 10 à 13 ans.

« C'était important pour moi de prendre des filles parce qu'ici, plusieurs gars jouent déjà au hockey. Avec le projet, on prouve à de jeunes filles qu'elles peuvent aussi se dépasser dans un sport. »

Fierté évidente

Depuis que le projet est lancé, tout le village est au fait des séances d'entraînement. « Les enseignants, les policiers et d'autres intervenants m'aident. Il y a même des mères qui sont venues courir avec nous après leur grossesse », raconte celle qui a amassé quelque 12 000 $ auprès de la municipalité et d'organismes du Nunavik pour réaliser son projet.

Et les parents des jeunes qui s'envoleront vers Québec, eux, ne prennent pas le projet à la légère. « Ils sont fiers et d'un côté, ça les responsabilise. Quand les jeunes partent à la chasse, les parents viennent m'avertir. Ce n'est pas juste le projet du jeune, mais ils veulent aussi être impliqués. C'est leur enfant qui a été choisi. »

Prévention

Grâce à ce projet, la carrière d'infirmière de Josée Massicotte prend tout son sens.

« Le travail qu'on fait ici est totalement différent que ce que je fais au sud. Pour moi, ce projet-là signifie beaucoup. Comme infirmière, on a souvent peu de temps à mettre sur la prévention et j'aimerais qu'on investisse davantage en prévention, parce que ça enlèverait 90 % de mes problèmes dans le futur. »

Après cinq mois d'attente, Josée Martineau s'envolera vers Québec à la fin août en compagnie d'une autre mère qui accompagnera la troupe. « Tant qu'à faire le trajet, on va visiter Québec. Ça va être beaucoup de nouveau pour eux. La plupart d'entre eux n'ont jamais quitté le Nunavik. »

Pour la suite, Josée espère que cette expérience puisse permettre aux jeunes de se remettre en question. « Certains m'ont déjà dit qu'ils ne veulent pas fumer plus tard », souligne-t-elle.

Qui sait, son projet pourrait en inspirer d'autres... « Peut-être que ça va faire des petits dans d'autres villages, dit-elle. Pour l'instant, c'est juste de le vivre. »

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