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Une sculpture du Phare qui soulève des questions

Une sculpture de glace représentant le projet du Phare, installée au parc de l'Amérique-Française pour le 63e Carnaval de Québec, soulève des questions d'ordre éthique. Alors que la construction du Phare n'a pas encore été approuvée, un éthicien juge que cette sculpture pourrait donner une impression de conflit d'intérêts entre la Ville de Québec et le promoteur du projet, le Groupe Dallaire.

« Ce n'est pas judicieux, affirme le président de la firme Ethikos, René Villemure. Je mettrais une lumière jaune sur le plan de l'éthique. »

C’est à titre de commanditaire du concours de sculpture sur neige du Carnaval que le Groupe Dallaire a fait installer cette reproduction du projet Le Phare. Jusque-là, il n’y a rien d’anormal, dit René Villemure.

C'est aussi à la demande du Carnaval que le Groupe Dallaire a fait produire cette sculpture.

Or, Le Phare doit bientôt faire l’objet d’une consultation publique; les 65 étages projetés pour sa tour emblématique ne respectent pas la réglementation municipale et commandent un changement de zonage.

La Ville de Québec avait pourtant adopté un plan particulier d’urbanisme (PPU) pour Sainte-Foy, qui limite à 29 étages les nouvelles constructions.

Comme la Ville commandite le Carnaval à hauteur de 635 000 $, René Villemure y voit une proximité qui donne l’impression d’un parti pris en faveur du Phare.

Je ne dis pas qu'il y a un conflit d'intérêts, mais il y a des liens d'intérêts en présence et ces liens-là laissent planer un doute. Personne n'a avantage à laisser ces doutes-là présents.

René Villemure, président d'Ethikos

René Villemure veut être clair : il sait que la Ville ne contrôle pas la programmation du Carnaval de Québec. Il précise aussi que l’opération marketing du Groupe Dallaire est tout à fait légale.

Mais comme Québec est étroitement associée au Carnaval et que cette fois, une sculpture y fait la promotion d’un projet controversé, la Ville se met à risque, selon lui.

« Rien à voir », rétorque l’administration

Appelé à commenter le dossier, l’attaché de presse du maire de Québec s’est montré étonné des propos de l’éthicien.

Paul-Christian Nolin se réjouit néanmoins de voir que des partenaires privés subventionnent le Carnaval, une organisation aussi indépendante de la Ville que les autres grands événements, affirme-t-il.

« Le Carnaval n'est pas plus associé à la Ville de Québec que le Festival d'été ou le tournoi de hockey pee-wee et on n'a pas plus d'influence sur les commanditaires du tournoi pee-wee que du Festival d'été ou du Carnaval », dit Paul-Christian Nolin.

Je pense que l'éthicien [René Villemure], un peu comme Don Quichotte, prend les moulins à vent pour des géants […] La Ville n'a rien à voir avec les partenaires financiers du Festival d'été, du tournoi pee-wee et du Carnaval.

Paul-Christian Nolin, attaché de presse du maire de Québec

Le vice-président marketing et communications du Groupe Dallaire, Stéphane Michaud, réfute aussi les arguments de proximité indue. « Objectivement, notre décision de commanditer n’a rien à voir avec la Ville, elle a tout à voir avec le Carnaval et son succès. »

« C’est à la demande du Carnaval que Le Phare est érigé en glace sur la place des sculptures […] On était content de recevoir cette demande-là et on l’a acceptée avec fierté », poursuit-il.

Chat échaudé craint l’eau froide

Cette incursion du Phare dans le 63e Carnaval ramène à l’avant-plan la venue prochaine des consultations publiques pour déterminer si le Groupe Dallaire obtiendra un changement de zonage pour déroger au PPU.

Des citoyens qui ont participé au processus ayant mené à l’adoption du PPU redoutent ce qui s’en vient.

« Ce qu'on souhaite, c'est que les dés ne soient pas pipés d'avance, qu'il y ait une réelle place à une influence dans ce dossier-là, en accord avec ce qui avait été décidé [dans le PPU] », affirme la présidente du conseil de quartier de Saint-Louis, Huguette Lépine.

Selon elle, le fait qu’un PPU adopté il y a quelques années puisse faire l’objet d’une si grande dérogation envoie un bien mauvais message.

« L'encre n'était pas encore sèche que déjà, la Ville passait une commande à un promoteur pour avoir un édifice du double de la hauteur qu'on avait convenue », illustre-t-elle.

À partir du moment où on accepte ce genre de bris de contrat, est-ce qu'il va y en avoir d'autres? Est-ce que ça sert à quelque chose [de faire des PPU]?

Huguette Lépine, présidente du conseil de quartier de Saint-Louis

Huguette Lépine assure toutefois que le conseil de quartier de Saint-Louis participera aux consultations publiques, malgré une certaine méfiance.

Elle espère que la Ville rendra disponible toutes les informations dont elle dispose pour que les citoyens puissent se préparer adéquatement.

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