Il y a dix ans, la deuxième tempête du siècle s'abattait sur la région de Québec. Une quarantaine de centimètres de neige sont tombés en une seule nuit. Voici le récit des souvenirs de trois travailleurs qui ont passé la nuit du 8 au 9 mars 2008 debout.

Un texte de Marie Maude Pontbriand

Depuis le 4 mars 1971, aucune autre tempête n’avait été aussi importante, selon Environnement Canada. Des vents de 70 kilomètres à l'heure soufflaient avec des rafales à 100 kilomètres à l'heure, sans oublier les précipitations de neige.

Un nouveau record avait d’ailleurs été établi dans la capitale nationale cet hiver-là avec 558 cm reçus entre novembre 2007 et avril 2008.

Une nuit à l'hôtel de ville

Jean-Claude Charbonneau était responsable de la sécurité civile pour la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures depuis à peine un an, en mars 2008. La tempête a donc été son baptême de feu.

« Je suis rentré en fonction à 6 h du soir jusqu'au lendemain 18 h, mon rôle était de vérifier s'il y avait des gens de pris un peu partout. »

Plusieurs routes ont été fermées en raison des conditions météorologiques. Un carambolage de plusieurs dizaines de véhicules bloquait la route de Fossambault Nord, juste après la sortie de l'autoroute 40.

« Je me promenais avec un de mes amis en motoneige, puis on allait sortir les gens des véhicules pour les ramener au complexe municipal », explique M. Charbonneau.

Plus de 125 personnes ont finalement passé la nuit à l'hôtel de ville de Saint-Augustin-de-Desmaures. L'employé municipal se souvient d'être allé au Dunkin Donuts, en pleine nuit, escorté par des policiers, une souffleuse et une déneigeuse pour aller chercher des beignes et du café.

Une nuit au Château Frontenac

Le soir du 8 mars 2008, Mariam Elkak était directrice adjointe de la réception du Château Frontenac.

« Quand je suis arrivée pour mon quart de travail, c'était une journée comme les autres. Cet hiver-là, on s'en rappelle, il y avait tellement de neige que c'était juste une autre tempête. Finalement, on s'est rendu compte que c'était une super tempête. »

Une « super tempête » qui lui a apporté une surcharge de travail dont elle se souvient avec le sourire.

Tout a commencé quand un collègue est entré dans l'hôtel avec un morceau de bois qui venait de tomber d'un échafaudage.

Ensuite, une vitre du bar a commencé à gonfler sous la force du vent, un morceau de métal est tombé de l'échafaudage, la vitre du bar a éclaté provoquant un refoulement de fumée dans la cheminée et recouvrant de suie plusieurs clients.

« Normalement, ma journée se serait terminée à 11 h, mais je suis restée jusqu'à 2 h 30 du matin, puis j'ai dormi ici. J'ai gardé probablement une cinquantaine de collègues à dormir », ajoute Mariam Elkak, qui souligne que cette nuit a permis de mettre en lumière une belle solidarité entre collègues.

Une nuit au Colisée Pepsi

« À l'époque, j'étais responsable des événements pour les Remparts de Québec », se souvient Sébastien Pelletier. Le soir de la tempête, plus de 10 000 personnes étaient réunies au Colisée de Québec pour assister à un match contre Shawinigan.

À son arrivée à l'aréna, il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait. Dès le début de la partie de hockey, certains de ses collègues ont commencé à rentrer chez eux en raison des conditions routières qui se détérioraient.

Après la deuxième période, bon nombre de spectateurs ont pris la même décision.

« C'était quand même une bonne game de hockey, alors il y a des spectateurs qui avaient quand même décidé de rester pour la troisième période, et c'est là que ç'a commencé à tomber. »

Après avoir aidé plusieurs spectateurs à retrouver leur véhicule, Sébastien Pelletier a appelé son patron et ensemble, ils ont pris la décision de garder le Colisée ouvert pour la nuit.

« On en est venu à la conclusion que ce n'était plus sécuritaire de laisser partir les gens, le RTC avait arrêté de desservir le Colisée Pepsi, les taxis ne se rendaient plus. »

Plus d'une centaine de personnes s'y sont réfugiées pendant la tempête.

« On a sorti des chips, on a sorti de la liqueur, on avait des barres énergétiques, ce qui n'est pas nécessairement la bonne idée de donner ça à des jeunes à ce moment-là, ça a fini en grand tournoi de mini hockey dans les corridors. »

À leur sortie du Colisée le lendemain matin, ils ont constaté l'ampleur des dégâts. « On voyait des véhicules qui avaient été abandonnés dans les rues. On se rendait compte qu'il y a avait des pancartes arrachées. C'était vraiment apocalyptique comme vision. »

Sébastien Pelletier, comme Jean-Claude Charbonneau et Mariam Elkak, garde un beau souvenir de cette tempête, la plus importante de sa carrière. Il en a tiré des leçons et assure qu'il serait prêt à recommencer. Mais cette fois, ce ne serait pas dans le Colisée Pepsi, mais plutôt au Centre Vidéotron.

« Il y a de l'espace aussi, on serait bien pour recevoir la famille à coucher, c'est sûr et certain », conclut-il en riant.

Plus d'articles