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Université Laval : un premier contrat de recherche avec un producteur de cannabis

James Eaves rêve de rentabiliser l'agriculture urbaine en entrepôt en réduisant les coûts d'éclairage de moitié. Pour accélérer ses recherches, le professeur au département de management à l'Université Laval s'est associé à GreenSeal, un producteur de cannabis thérapeutique de l'Ontario.

Un texte de Jonathan Lavoie

Le contrat de recherche évalué à 60 000 $ est une première entente entre l’Université Laval et un producteur de cannabis.

« Comme vous pouvez imaginer, c'est difficile de trouver le financement pour la recherche liée à l'agriculture ces jours-ci. Les producteurs de cannabis ont des marges de profits assez intéressantes, et ils investissent beaucoup dans la recherche et le développement », explique James Eaves.

L’ensemble des expériences seront réalisées dans les locaux de Greenseal à Stratford, à quelque 150 km à l’ouest de Toronto.

D’une durée de six mois, le contrat de recherche consiste à tester un nouveau type d’éclairage DEL pour augmenter la productivité des plants de cannabis de 20 % et réduire le temps de floraison de 4 jours.

Plus encore, ce système d’éclairage serait deux fois moins coûteux que ce qu’utilise habituellement l’industrie.

« Pour une installation de 30 000 pieds carrés, ça coûte actuellement jusqu'à 3 millions de dollars juste pour acheter les lumières. Si on peut réduire ce coût-là, ça va rendre les affaires beaucoup plus rentables », fait valoir le chercheur.

Développer l’agriculture urbaine

Si les résultats sont concluants, les avantages sont évidents pour l’industrie du cannabis, mais James Eaves y voit surtout un énorme potentiel pour l’agriculture urbaine.

Il mène d’ailleurs une expérience semblable dans les serres de l’Université Laval pour tester différents types d’éclairage sur la croissance des laitues.

« Si on peut réduire le coût pour faire pousser les plantes dans les entrepôts, on peut faire des légumes qui sont plus goûteux et plus sains pour tout le monde toute l'année », s’enthousiasme-t-il.

Selon lui, avec le bas coût de l’électricité, le Québec possède les conditions gagnantes pour être un chef de file dans la production potagère en entrepôt.

Ce type d’agriculture a pour avantage de consommer beaucoup moins d’eau et aucun pesticide. Les légumes produits de cette façon n’ont également pas besoin de parcourir des centaines de kilomètres pour se rendre aux consommateurs.

Phase deux

James Eaves pense déjà à la phase deux du projet. Il souhaite robotiser une partie des opérations pour réduire encore davantage les coûts de production.

L’idée serait qu’un robot, dont la forme reste à déterminer, fasse automatiquement la rotation des plantes. « Le principe est de trouver une façon de partager les lumières, au lieu d'utiliser une lumière pour chaque plante », précise James Eaves.

Il ajoute qu’un prototype devrait être fonctionnel d’ici quelques mois et que son équipe a déjà entamé les démarches pour faire breveter le processus.

Des balises à respecter

Dans les bureaux de la direction de l’Université Laval, Michel J. Tremblay explique que cette première entente avec un producteur de cannabis a été soumise aux règles d’éthique habituelles.

« Le Dr Eaves va faire l'analyse de données. C'est important de spécifier que l'Université Laval ne commencera pas à faire pousser du cannabis. [..] Il faut respecter des balises », insiste le vice-recteur adjoint au vice-rectorat à la recherche.

Un des critères essentiels consiste notamment à ce que tous les résultats soient publics. Michel J. Tremblay refuse de voir l’argent généré par l'industrie du cannabis comme une manne de financement potentiel.

Il compare plutôt les ententes à venir à une goutte d’eau dans les 380 millions de dollars en fonds de recherche gérés par l'Université Laval.

Le vice-recteur souligne aussi que plusieurs groupes de chercheurs travaillent déjà depuis plusieurs années sur les effets du cannabis sur la santé mentale et physique.

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