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Valeur des permis de taxi : guerre de chiffres en vue

L'industrie du taxi évalue à 759 M$ la baisse de la valeur des permis pour l'ensemble de la province, révèle un document du Comité sur la modernisation de l'industrie obtenu par Radio-Canada.

Un texte de Nicolas Vigneault

Le Partenariat sur la modernisation de l'industrie du taxi du Québec se base notamment sur le nombre de courses qu'effectue Uber tous les mois.

Radio-Canada avait dévoilé en avril 2017 que la multinationale aurait effectué plus de 550 000 courses par mois au cours de cette période.

Les membres de l'industrie estiment alors que la présence d'Uber aura un impact majeur sur la valeur des permis à long terme puisque selon eux, 70 % de ces courses auraient pu être effectuées par les chauffeurs de taxi.

« On calcule ça sur la durée de vie moyenne d'un permis de taxi qui est autour de 15 ans, donc c'est actualisé tout simplement à 8 % par année. Ce qu'on sait c'est qu'avec le fait qu'Uber est de 30 à 40 % moins cher et qu'ils n'ont pas de limite de véhicule, bien à terme, il n'y a plus de raison d'acheter des permis », affirme le négociateur en chef du Partenariat, Marc-Antoine Cloutier.

Le même document contient toutefois un tableau qui démontre que le revenu brut des entreprises de taxi n'a pas vraiment diminué entre 2013 et 2016 selon des données provenant de Revenu Québec.

Les revenus ont par exemple augmenté de 3,6 % à Montréal et diminué de 1,6 % à Québec et en Outaouais.

« Il y a d'autres facteurs qui viennent expliquer ces tableaux-là. On sait et on a pu démontrer également que les chauffeurs travaillent beaucoup plus pour essayer de garder le même revenu », argumente M. Cloutier.

Le Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec a d'ailleurs demandé à ce que le gouvernement se dote d'une réserve de 500 M$ dans son prochain budget afin de répondre aux demandes de compensation de l'industrie du taxi.

Les revenus augmentent, plaide le gouvernement

Si le gouvernement admet qu'il a changé les règles du jeu en mettant en place un projet-pilote avec Uber et qu'une compensation est nécessaire, il met en doute l'analyse avancée par l'industrie.

« Présentement, nos chiffres ne nous permettent pas dire quelle partie de la baisse de la valeur des permis est attribuable à la présence d'Uber », rétorque le ministre des Finances, Carlos Leitao en entrevue à Radio-Canada.

Un document gouvernemental déposé lors d'une rencontre mardi du Comité sur la modernisation du taxi illustre que les ventes ont augmenté dans l'industrie de 2013 à 2016, passants de 376 M$ à 448 M$, soit une hausse de 19,1 %.

Dans ce contexte, le ministre Leitao soutient qu'il faut pousser l'analyse et pense qu'il est trop tôt pour placer 500 M$ en réserve dans le budget.

« L'analyse n'est pas encore arrivée à ce stade-là. Avant d'arriver à une telle décision, il faut arriver à des données beaucoup plus solides que ça », affirme M. Leitao.

Il rappelle également que le gouvernement pourra verser une compensation aux chauffeurs dès qu'une entente survient entre les parties. Pour le moment, aucune autre rencontre du Comité n'est prévue, mais les deux parties se disent prêtes à poursuivre les discussions.

« L'industrie du taxi va attendre de pied ferme la journée du budget le 27 mars et ce qu'ils vont annoncer et on a espoir qu'ils reviennent à la raison et qu'ils respectent leur parole », a pour sa part indiqué Abdallah Homsy, porte-parole du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ).

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