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Vers des ruptures de stock pour les vins du Québec?

Depuis décembre 2016, les vins du Québec peuvent être vendus dans les épiceries de la province. Les quelque 8000 nouveaux points de vente potentiels représentent une vitrine sans précédent pour les vignerons d'ici. Mais les producteurs font désormais face à un défi de taille : répondre à la demande.

Un texte d’Alexandre Duval

Six mois après l’arrivée des vins du terroir sur les tablettes des épiciers, le président de l’Association des vignerons du Québec (AVQ) avoue que ses craintes initiales ont disparu. « Ça se passe très, très bien », indique Yvan Quirion.

Chez Métro, par exemple, pas moins de 68 produits différents sont distribués dans les franchises de la province. Des espaces ont été réservés pour ces produits, bien mis en évidence sur les tablettes.

« On se fit beaucoup au nombre de fois qu'on peut remplir les tablettes et on les remplit régulièrement avec un facing régulier, comme quoi ça fonctionne », explique Marie Gignac, la propriétaire du Métro Plus de Place Ste-Foy, à Québec.

La réponse du public est telle que l’AVQ se prépare à des ruptures de stock. Yvan Quirion rappelle que le Québec produit tout juste deux millions de bouteilles par année, ce qui demeure très peu par rapport à l’Ontario ou la Colombie-Britannique.

Yvan Quirion est loin de s’en plaindre : il croit que le marché des épiceries forcera les petits producteurs à planter de nouvelles vignes.

« C'est ce qui va changer notre industrie parce que ça permet aux 80, 85 % de vignobles qui sont vraiment trop petits de rentrer du cash flow, de rentabiliser leurs opérations, de planter de la vigne, de grandir et après ça, être en mesure d'élargir la distribution », illustre-t-il.

Planter plus des vignes

L’un des copropriétaires du Domaine l’Ange Gardien, dans la région Québec, est du même avis. « Le potentiel de production des producteurs québécois est insuffisant pour répondre à la demande », admet Bruno Fortin.

Les épiceries lui permettent de vendre des bouteilles qui autrement n’auraient peut-être pas trouvé preneur.

Son homologue du Domaine Bel-Chas prévoit pour sa part doubler sa surface de production d’ici trois ans.

« Ce qu’il faut qu’on surveille actuellement, c’est de ne pas excéder notre capacité de production. Tu crées le besoin, tu crées le goût du produit, mais il faut que tu sois capable de le fournir aussi », explique Louis Chassé, copropriétaire du Domaine Bel-Chas.

Plus de travail, aussi

Louis Chassé ne s’en cache pas : le marché des épiceries lui demande plus d’efforts. Il doit faire entrer ses produits, assurer un approvisionnement constant et surtout, mettre ses vins en valeur par des dégustations.

« C’est sûr qu’il y a bien des vins en bas de 10 $ [dans les épiceries] mais on n’est vraiment pas dans la même gamme de produits. C’est ça qu’on fait ressortir. Quand les gens goûtent au produit, ils repartent avec. »

Bruno Fortin avoue que c’est une nouvelle réalité pour la plupart des vignerons comme lui.

Et la qualité?

À mots couverts, certains observateurs craignent que l’arrivée des vins québécois dans les épiceries provoque des réactions négatives chez le public. Des produits de moindre qualité auraient pu se glisser sur les tablettes, croient-il.

Yvan Quirion ne nie pas que cela ait pu se produire, mais il soutient que ce sont des cas rarissimes. La loi prévoit que seuls les produits analysés avec succès par la SAQ ou un laboratoire reconnu peuvent être vendus.

Sur la rue Saint-Jean, à Québec, l’épicerie fine J.A. Moisan cherche justement à défaire les préjugés. L’entreprise a choisi de miser pleinement sur les vins d’ici en installant d’imposants bacs en plein milieu de l’allée principale.

« Le but, c'était que les clients s'enfargent dedans! lance Sébastien Rodrigue, qui s’occupe des vins du commerce. Ce n'était pas de les confiner dans un petit coin! »

Son étalage de vins liquoreux est particulièrement populaire auprès des touristes, l’épicerie étant située à un jet de pierre du Vieux-Québec.

« Les consommateurs locaux vont être plus portés vers les vins de consommation courante, mais les touristes veulent rapporter un produit spécifique du Québec dont le vin de glace fait partie. »

Pour bien répondre à la demande anticipée des prochaines années, l’AVQ s’est fixé un objectif de taille : produire 5 fois plus de bouteilles – soit 10 millions – d’ici 2030.

« Le minimum que je me donne, c’est d’être les meilleurs au Canada », conclut Yvan Quirion.

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