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Vers un observatoire québécois sur les drogues?

Des intervenants de la santé publique et du milieu universitaire se mobilisent afin de mettre sur pied un observatoire québécois sur les drogues. Une telle structure permettrait, selon eux, d'intervenir de manière plus efficace lors de crises comme celle du fentanyl, et de mieux affronter les défis liés à la légalisation du cannabis.

Un texte de Louis Gagné

Le projet d’observatoire a été initié par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il consiste à rassembler au sein d’une même entité les connaissances et les expertises sur les substances psychoactives (SPA), incluant les toxicomanies.

L’objectif est de fournir des données fiables et objectives sur les nouvelles tendances, les habitudes de consommation par groupe d’âge, le nombre de décès liés à des surdoses, etc., qui serviront à élaborer les politiques et définir les orientations en matière de lutte contre les drogues au Québec.

Un observatoire servirait notamment à repérer l’apparition de nouvelles substances sur le marché et à évaluer les risques et les conséquences qui y sont associés.

Travail en silos

Christophe Huynh, chercheur d’établissement à l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD), soutient que la création d’un observatoire mettrait fin au cloisonnement entre les institutions qui produisent et utilisent des données sur les drogues dans la province.

« Actuellement, on recueille l’information, mais vraiment au compte-gouttes, éparpillée un peu partout […] Il n’y a rien qui est réellement centralisé. On essaie de [résoudre] un casse-tête avec des morceaux disparates », déplore le chercheur.

Selon Éric Langlois, conseiller scientifique à l’INSPQ, l’implantation d’un observatoire aiderait les pouvoirs publics à voir venir les crises plus rapidement et à se préparer en conséquence. Il cite en exemple l’émergence du fentanyl et la légalisation du cannabis.

« Si on avait eu un observatoire bien implanté, assurément qu’il aurait pu contribuer à appuyer les autorités en place pour monter une stratégie pour faire face à ces deux problématiques-là qu’on vit en ce moment », affirme-t-il.

L’exemple européen

Christophe Huynh croit que le Québec pourrait s’inspirer des pays de l’Union européenne (UE), qui ont chacun leur propre réseau d’information sur les SPA.

Les données qu’ils recueillent sont centralisées par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, sorte « d’observatoire des observatoires », qui fournit aux décideurs et aux intervenants un portrait réel et exhaustif de ce qui se passe sur le terrain.

« Ils sont capables de voir en continu ce qui se passe à l’échelle européenne autant sur le plan de la santé publique que de la sécurité publique », explique le chercheur.

Contexte favorable

La directrice du Regroupement stratégique de recherche sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) et la santé, Chantal Robillard, croit que la crise des opioïdes et la légalisation du cannabis pourraient faciliter la mobilisation en vue de créer un réseau d’information sur les drogues.

« On espère que le contexte actuel sera favorable à une plus grande réception parce que ça demande quand même des ressources financières et humaines pour mettre en place cette plateforme-là », mentionne-t-elle.

Première étape

Même s’il est encore à l’état embryonnaire, le projet de créer un observatoire québécois sur les drogues jouit déjà d’un appui considérable au sein des institutions de recherche et de santé publique au Québec.

Une étape importante a d’ailleurs été franchie le 30 janvier dernier, alors qu’une soixantaine d’acteurs issus du réseau de la santé et des milieux universitaire et communautaire se sont réunis à Montréal pour jeter les bases d’un réseau québécois d’information publique sur les substances psychoactives.

Selon Chantal Robillard, le fait d’avoir rassemblé plusieurs dizaines d’intervenants autour de la même table représente un « bon coup » et augure bien pour la suite des choses.

Sonder le gouvernement

L’Institut national de santé publique et ses partenaires ne sont pas encore en mesure de dire combien coûterait la création d’un observatoire sur les drogues et les toxicomanies.

« L’idée est embryonnaire à ce stade-ci. On doit d’abord engager un dialogue avec le gouvernement pour voir s’il y a une volonté partagée et si c’est le cas, bien on s’aventurera sur le contenu, le coût, la structure, la gouvernance, tout ça », précise Éric Langlois.

Il est néanmoins déjà acquis que le projet, s’il se concrétise, comprendra une structure physique (édifice, locaux, laboratoires, etc.) et virtuelle.

« Si on veut favoriser l’accès aux connaissances et aux données, ça devra se faire de façon ouverte avec un site web, par exemple, qui nous permettrait de diffuser l’information », conclut le conseiller scientifique.

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