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Vers un plan pour retenir les femmes dans les emplois traditionnellement masculins

Au moment où le quart des inspecteurs en construction, des policiers et des ambulanciers sont des femmes au Québec, leur intégration dans les milieux traditionnellement masculins peut sembler sur la bonne voie. Or, un défi de taille demeure : les femmes sont nombreuses à abandonner peu de temps après être entrées en fonction.

Un texte d'Alexandre Duval

Dans le milieu de la construction, au Québec, 62 % des femmes quittent leur emploi avant de compter cinq années de service, selon la Commission de la construction du Québec. Chez les hommes, c'est presque deux fois moins élevé (36 %).

À l'extérieur du monde de la construction, les statistiques au sujet de la rétention des femmes dans les milieux traditionnellement masculins sont plutôt rares. Le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale souligne toutefois que partout où les femmes sont minoritaires, le défi de la rétention se pose.

Propos sexistes, harcèlement, environnement de travail mal adapté, conciliation travail-famille déficiente ; les facteurs pour expliquer pourquoi les femmes quittent les milieux à prédominance masculine sont nombreux. Loin d'ouvrir la porte à de nouvelles recrues, ces départs créeraient plutôt un cercle vicieux.

« C'est prouvé que moins il y a de femmes dans une entreprise, moins il y a de femmes dans un milieu, moins elles vont rester », explique Véronique Nadeau, agente de développement au Regroupement.

L'organisme de Québec vient d'ailleurs de mener une consultation auprès de plus de 150 femmes qui travaillent dans des milieux majoritairement masculins. Les résultats en disent long sur les conséquences néfastes du déséquilibre entre le nombre d'hommes et de femmes.

La force du nombre

Là où les femmes représentent moins de 20 % du personnel, 51 % d'entre elles disent avoir l'impression de devoir travailler plus fort que les hommes, 45 % disent faire face à des obstacles et 13 % disent être victime de harcèlement de la part d'un collègue masculin.

Quand les femmes représentent plus de 20 % du personnel, les statistiques chutent au moins de moitié : 24 % disent avoir l'impression de devoir travailler plus fort que les hommes, 22 % disent faire face à des obstacles et 3 % disent être victimes de harcèlement.

Ces résultats s'expliquent nécessairement par la force du nombre, croit Véronique Nadeau. « Si la femme est seule, si elle est isolée, c'est beaucoup plus facile d'avoir des propos sexistes envers elle, de faire des blagues, de tourner les paroles en ridicule et de l'isoler en même temps. »

Développer une stratégie

Statistiques en mains, le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale élabore actuellement une stratégie afin d'aider les employeurs à garder leurs effectifs féminins.

En janvier 2017, une usine, une entreprise en construction et une compagnie de jeux vidéo de la région de Québec s'approprieront cette stratégie à l'occasion d'un projet pilote.

Les employeurs seront sensibilisés aux conséquences d'une mauvaise rétention des femmes, ils élaboreront un plan d'action et un suivi sera assuré pendant 18 mois par le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

Véronique Nadeau soutient que les employeurs doivent être des vecteurs de changement. « C'est beau, dire qu'on veut avoir plus de place, mais si les employeurs ne veulent pas faire cette place-là aux femmes, on n'y arrivera pas. »

Au terme du projet pilote, un guide d'accompagnement sera rédigé, publié et offert à toutes les entreprises du Québec qui souhaiteront s'en inspirer.

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