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Y a-t-il du saumon malade dans votre assiette?

Après la découverte récente de saumons d'élevage atteints de l'anémie infectieuse du saumon (AIS), des voix s'élèvent pour demander au gouvernement de mettre en place une traçabilité et un affichage obligatoires pour aviser les consommateurs de la présence potentielle du virus.

Un texte de Maxime Corneau

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a confirmé la semaine dernière avoir découvert des saumons atteints de l’AIS dans une pisciculture de l’entreprise Cook Aquafarm, à Terre-Neuve.

Selon l'ACIA, l'anémie infectieuse du saumon ne présente aucun risque pour la consommation humaine. La maladie peut cependant décimer des élevages de saumons puisqu’elle est hautement contagieuse.

Par mesure préventive, l’entreprise Cook Aquafarm a abattu la totalité des poissons provenant du site d’aquaculture dans lequel cinq spécimens malades ont été découverts. Ce lot représentant des dizaines de milliers de poissons a ensuite été écoulé sur le marché.

La compagnie Cook Aquafarm assure dans une réponse écrite que les saumons vendus ne présentaient pas de symptômes de l’AIS, soit des signes d’hémorragie sur la peau et les nageoires, notamment.

Traçabilité demandée

Léopold Landry, président de l’entreprise d’importation Sea Delight, déplore que les consommateurs québécois n’aient pas de moyen pour savoir si les saumons d’élevage canadiens achetés ont été ou non en contact avec des spécimens malades. Il affirme que le fait d'être un saumon canadien n'est pas à lui seul un gage de qualité absolue.

M. Landry importe notamment du saumon en provenance du Chili. Ces saumons ont été touchés il y a quelques années par une épidémie d’anémie infectieuse, ce qui a amené les distributeurs canadiens à bouder le produit. Une identification des lots aurait pu lui sauver d’importantes pertes financières.

Une traçabilité similaire a été demandée lors de l'annonce de la mise en marché de saumon génétiquement modifié, au mois d'août dernier.

Des clients difficiles

Jean-Roch Thiffault, qui est à la tête du plus grand distributeur de poisson au Québec, affirme que de nombreux joueurs majeurs de l’industrie ne souhaitent pas recevoir de chair potentiellement infectée par l’AIS.

Le directeur général de Pêcheries Norref admet toutefois qu'il doit se fier à ses fournisseurs et qu'il peut difficilement offrir des garanties.

« Nos clients qui vendent aux consommateurs nous demandent de ne pas avoir de produits comme ça. Nous, on demande à nos fournisseurs de ne pas nous fournir de produits comme ça, mais dans certains cas, si le produit a été transformé. C’est difficile pour nous de le savoir », affirme M. Thiffault.

L'entrepreneur estime lui aussi qu’un affichage des lots touchés par l’AIS devrait être mis en place. Selon M. Thiffault, les consommateurs pourraient même bouder le saumon canadien si les cas d’infection se multipliaient et si l’information n’était pas disponible.

« S’il y avait de la transparence, ça éviterait que le consommateur perde confiance en un produit », explique-t-il.

Joint au téléphone, une porte-parole de l’entreprise Sobey’s confirme que l'entreprise précise à ses fournisseurs, par contrat, qu’elle ne souhaite pas recevoir de saumon infecté par l’AIS. L'entreprise n’a toutefois aucun moyen de savoir si les fournisseurs respectent cette clause.

« Pas pour l’instant », estime l’Agence

À l’Agence canadienne d’inspection des aliments, la gestionnaire nationale du programme de surveillance et d’épidémiologie des animaux aquatiques, Nathalie Bruneau, martèle que l’anémie infectieuse ne représente pas de danger pour les humains, études à l’appui.

Mme Bruneau explique que c’est pour cette raison que l’ACIA n’oblige pas de traçabilité. « Il n’y a pas de mandat pour l’Agence de s’assurer que les poissons sont exempts du virus, parce que la science conclut qu’il n’y a pas d’impact pour la santé humaine si un animal est infecté et consommé. »

Elle précise que du saumon infecté par le virus peut facilement se retrouver sur le marché. Plusieurs poissons ne présentent pas des symptômes visibles lorsqu’ils sont malades.

« Au niveau des poissons qui sont déclarés infectés, souvent ce sont des poissons qui ne sont pas cliniquement malades. Le poisson a l’air très sain d’apparence, mais il a une infection. Tout dépendant de l’âge du poisson lorsqu’on détecte le virus, souvent, ça peut arriver qu’il aille à l’usine de transformation pour consommation. »

Nathalie Bruneau rappelle que des cas d’anémie infectieuse sont régulièrement recensés depuis 1996 dans les piscicultures des provinces des maritimes.

La traçabilité a un coût

La mise en place d’une traçabilité du saumon aurait cependant un impact à la hausse sur la facture du consommateur.

Gale West, professeure en sciences de la consommation à l'Université Laval, assure que le client verrait sa facture augmenter considérablement.

Selon Mme West, le client devrait se fier amplement aux processus de l’Agence canadienne d'inspection des aliments. « J’ai beaucoup de confiance aux gens de l’agence. Ils font leur travail de façon assidue. On peut se fier à eux, on peut avoir confiance. »

Avec la collaboration d'Alain Rochefort

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