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Avenir de l’usine Vaudreuil de Rio Tinto : quand l’économie affronte l’environnement

L'avenir de la seule raffinerie d'alumine au Canada est en jeu. L'usine Vaudreuil de Rio Tinto Aluminium est menacée de fermeture en 2022 si aucune solution n'est trouvée afin d'entreposer les résidus de la bauxite, mieux connu sous le nom de boues rouges. Incursion au cœur de ce projet controversé.

Un dossier de Jean-François Coulombe

Rio Tinto propose de prolonger la durée de vie de son site actuel jusqu'en 2030 et d'aménager un nouveau site d'un kilomètre carré sur un terrain lui appartenant, tout près de l'usine Vaudreuil, afin d'entreposer des résidus jusqu'en 2047. Le hic, c'est que le terrain en question est situé dans le boisé Panoramique, un secteur zoné parc et espace vert, à proximité d'un secteur résidentiel.

Le comité de Citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD) s'oppose au projet, craignant pour la santé des quelque 15 000 résidents qui vivent tout près. La Ville de Saguenay doit décider lundi si elle accepte la demande de Rio Tinto de modifier le règlement de zonage afin que le secteur soit déclaré zone industrielle.

Pourquoi utilise-t-on de la bauxite et d'où vient-elle?

Comment obtient-on de l'alumine à partir de la bauxite?

La bauxite est composée à 50 % d'alumine. Pour une tonne de bauxite, on produit donc une demi-tonne d'alumine. Voici une démonstration claire du procédé tel qu'expliqué par le directeur de l'usine Vaudreuil, Jean-François Nadeau.

Et ces résidus, où vont-ils?

L'usine Vaudreuil produit un million de tonnes de résidus de bauxite par année, soit l'équivalent d'un camion de dix roues aux six minutes.

Il faut entreposer ces résidus de manière sécuritaire puisqu'ils contiennent entre autres de la soude caustique, ce qui les rend corrosifs.

Dans le projet déposé par Rio Tinto, on propose de filtrer et d'assécher ces résidus afin de pouvoir les entreposer et les accumuler sur une hauteur de 30 mètres. Cette méthode inquiète toutefois le comité de Citoyens pour un Vaudreuil durable. L'organisme déplore l'absence d'études sérieuses sur les répercussions des résidus de la bauxite sur la santé.

Que demandent les citoyens inquiets?

Le comité de Citoyens pour un Vaudreuil durable demande un sursis à la Ville de Saguenay avant de rendre sa décision, le temps que des études soient menées sur les conséquences environnementales. On demande aussi que des audiences du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) soient tenues, ce qui n'est pas prévu pour l'instant. Une pétition a été mise en ligne et le CVD n'écarte pas la possibilité d'entreprendre des démarches judiciaires.

Quel serait l'impact économique de la fermeture de l'usine Vaudreuil?

Le chiffre d'affaires de l'usine Vaudreuil est de 400 à 450 millions $ par année et Rio Tinto estime les retombées économiques annuelles à 135 millions $ au Saguenay-Lac-Saint-Jean. On parle de 650 emplois directs, répartis entre l'usine, les installations portuaires et ferroviaires, ainsi que de 350 emplois indirects, principalement chez les équipementiers.

Quelles sont les autres solutions?

L'autre solution proposée par la multinationale consiste à importer l'alumine directement, plutôt que de la produire ici. Cela entraînerait une diminution des activités portuaires et ferroviaires, de même que la fermeture de l'usine Vaudreuil. Il en coûterait 350 millions $ à Rio Tinto pour fermer son usine.

Le CVD propose de trouver des utilisations aux résidus de la bauxite. Le géant de l'aluminium a d'ailleurs investi 400 000 $ en 2015 dans la recherche de solutions pour la valorisation des résidus de bauxite.

Les avenues les plus intéressantes se retrouvent dans le domaine de la construction. Les résidus peuvent être utilisés dans la fabrication de ciment, de dalles, de briques ou de terreau synthétique. Il existe 1200 brevets dans le monde, mais aucun ne permettrait d'utiliser suffisamment de volume.

Moins de 4 millions de tonnes de résidus ont été valorisées parmi les 140 millions de tonnes produites annuellement dans le monde. C'est une problématique mondiale qui a d'ailleurs fait l'objet d'un colloque international en octobre dernier, à Leuven en Belgique.

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