À quelques mois de la légalisation du cannabis au Canada, de nombreuses questions persistent sur les risques et les conséquences de la loi fédérale. C'est ce qui ressort d'un Bar des sciences organisé le 8 mai dernier, à Saguenay.

Un texte de Catherine Paradis

Les mains levées au Bar des sciences organisé par Québec Science, Radio-Canada et le consulat de France en marge du congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) sont à elles seules une conséquence déjà tangible de la légalisation de la marijuana.

« Ça nous permet d’avoir des données plus fiables sur les niveaux de consommation; les gens se cachent moins. C’est plus facile de parler de leur propre consommation », constate la sociologue Marie Jauffret-Roustide, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en France.

Plaisir ou problème?

Mme Jauffret-Roustide précise qu’en France, la moitié des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà expérimenté le cannabis. Ils ne sont toutefois que 9 % à en avoir consommé régulièrement, soit trois fois par semaine.

Au Québec, environ le tiers des adolescents auraient déjà pris de la marijuana, indique Louis Richer, neuropsychologue de Saguenay. « Nous menons actuellement une étude auprès de 1000 adolescents pour connaître leur type de consommation », explique-t-il.

Légalisation, décriminalisation, augmentation

Le professeur à la retraite Gilbert Talbot s'interroge quant à la pertinence de légaliser le cannabis au lieu de le décriminaliser.

Selon le psychoéducateur Jean-Sébastien Fallu, la légalisation est nécessaire pour garder le contrôle sur les substances et les modes de consommation.

« La légalisation permet d'identifier les emballages en termes de quantité de THC, par exemple. La légalisation peut permettre plusieurs avantages pour favoriser certains modes de consommation, comme la vaporisation, qui est beaucoup moins dommageable pour la santé », précise-t-il.

« Plus d’argent est versé dans la prévention. Aussi, ce qu’on observe pour le moment chez les jeunes, c’est qu’il n’y aucun pays pour lequel la légalisation a été mise en place et pour lequel on a vu une augmentation de la consommation », ajoute la sociologue Marie Jauffret-Roustide.

Jean-Sébastien Fallu revient donc avec cette mise en garde.

Mathilde Girard pense même que la légalisation peut faire diminuer l’attrait du cannabis. « S’il n’y a pas ce frisson de l’interdit, ça enlève une partie du plaisir », retient-elle de ses conversations avec des amis des Pays-Bas, où la vente et la consommation de cannabis est réglementée depuis plusieurs années.

Risques pour la santé

Selon les informations du gouvernement du Québec, le taux de concentration moyenne de THC dans le cannabis est passé de 1 % dans les années 60 à près de 12 % en 2014.

Louis Richer estime que les risques pour la santé sont évidents. « Je pense qu’il faut informer sur les conséquences de la consommation. Par exemple, les garçons de moins de 16 ans qui ont un cortex mince et qui ont une prédisposition génétique aux problèmes de santé mentale sont plus à risque de développer des psychoses, comme la schizophrénie, en consommant du cannabis. Ça peut devenir un état permanent; c’est ce qui est grave », explique le neuropsychologue.

Mais à qui revient le défi d’informer et d’éduquer les jeunes, notamment? s'interroge la participante Jackie Tremblay.

Certainement pas à la police, tranche Marie Jauffret-Roustide, selon qui il faut des intervenants en prévention des risques et d’autres pour encourager une consommation responsable.

« Je ne suis pas sûr qu’on ait abordé tous les problèmes et toutes les questions. [...] Il y a encore pas mal de travail à faire en matière de sensibilisation », conclut de son côté le neuropsychologue Louis Richer.

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