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Chicoutimi-Le Fjord : une élection partielle particulière

Le premier ministre Justin Trudeau, le chef conservateur Andrew Scheer et le chef du NPD Jagmeet Singh ne seront pas à Ottawa aujourd'hui, ils seront plutôt de passage à Saguenay, plus précisément dans la circonscription de Chicoutimi–Le Fjord. Une dernière visite avant l'élection partielle du 18 juin qui se jouera entre les libéraux et les conservateurs, sur fond de tension avec les États-Unis.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire de retour d’un reportage à Saguenay

Le restaurant Chez Georges est une institution à Chicoutimi. Dimanche soir, c’est l’une des seules places ouvertes sur la rue Racine. Quelques clients sont assis au bar. Deux d’entre eux, encore vêtus avec leurs vestes de moto, discutent de politique.

Donald Trump est leur principal sujet de conversation. Le président des États-Unis a joué les trouble-fêtes, la veille, au sommet du G7. Après avoir signé le communiqué final conjoint, il a annoncé sur Twitter qu’il revenait sur sa décision, accusant Justin Trudeau d’être « faible et très malhonnête ».

Pour ces deux motocyclistes, le premier ministre Justin Trudeau a beau lui tenir tête, il n’obtiendra pas leur vote.

Ils ont choisi le candidat conservateur Richard Martel, qui jouit d’une avance considérable dans le dernier sondage réalisé par Radio-Canada/Le Quotidien. Il s’est fait connaître dans la région quand il était l'entraîneur des Saguenéens de Chicoutimi, l’équipe locale de la Ligue de hockey junior majeure du Québec.

« Quand il était entraîneur, il gueulait fort, là il va gueuler pour nous à Ottawa », lance l’un de deux hommes, qui refusent d’être identifiés.

« Je connais Richard, on a grandi ensemble », explique Pierre Couture, un professeur à la retraite rencontré au Café Érudit, qui promet le « meilleur espresso en ville ».

« Il a une longueur d’avance à cause de ça, parce qu’il est connu et il vient de la place », ajoute-t-il.

M. Couture votera toutefois libéral, malgré cette proximité avec le candidat.

« C’est un mal nécessaire, je vais voter pour sa candidate, pas tellement parce que j’aime Justin Trudeau, mais je ne suis pas conservateur, soutient-il. Je suis indépendantiste, mais le Bloc québécois, je les trouve un peu ridicules avec leurs chicanes. »

Il n’est pas le seul à avoir fait une croix sur le Bloc québécois. Plusieurs électeurs ont exprimé que le parti était soit « mort » ou qu’il était « dépassé ». C’est d’ailleurs le seul parti sans chef, depuis de la démission de Martine Ouellet qui a perdu son vote de confiance.

Une vedette locale contre une vedette nationale

La notoriété de Richard Martel est son principal atout croit Dominik Leduc, animateur de l’émission Le show du Matin à Radio X Saguenay.

« Richard Martel, c’est un personnage, c’est un homme charismatique qui dégage énormément, quand il est dans un espace public, il prend toute la place », raconte-t-il, assis derrière sa console.

Selon lui, les conservateurs veulent s’assurer que l’élection porte uniquement sur leur candidat plutôt que sur le chef Andrew Scheer.

« Andrew Scheer est peu connu au Québec, encore moins dans la région, dit-il. C’est un anglophone, avec des positions très arrêtées sur certains sujets…si on commence à parler d’avortement et autres, moi je pense qu’on ne veut pas parler de ça, on veut parler de Richard Martel. »

D’ailleurs, sur les affiches électorales, on ne voit que Richard Martel. C’est tout le contraire pour la candidate libérale Lina Boivin qui s’affiche aux côtés de son chef, Justin Trudeau. S’il prend plus de place sur la photo, il occupe aussi une grande part de sa campagne.

« Quand Justin Trudeau vient, c’est une rock star, dit-il. Faites le test, allez vous promener au centre d’achat. Les gens vont dire : c’est qui le gars avec Richard Martel, en parlant d’Andrew Scheer. Si vous faites l’inverse avec Lina Boivin, les gens vont dire : c’est qui la femme avec Justin Trudeau. »

La popularité de Justin Trudeau peut toutefois être un couteau à double tranchant. Un autre citoyen, Ron Evans, ne compte pas voter pour les libéraux lors de l’élection partielle à cause de la décision du gouvernement libéral d’acheter l’oléoduc Trans Mountain, de Kinder Morgan.

« Il a complètement gâché son lien avec la gauche, c’est clair », déplore-t-il.

La rédemption

Au Café Mont-Royal, situé sur la rue Jacques-Cartier à Chicoutimi, les habitués viennent manger le matin des œufs ou des toasts. Plusieurs clients assis au comptoir discutent en buvant leur café et en lisant les journaux. C’est encore Donald Trump qui est sur toutes les lèvres.

« [Donald Trump] veut dominer le monde », soutient Catherine Martin, une des habituées du restaurant.

Elle croit toutefois que Justin Trudeau parvient à remonter dans l’estime de ses concitoyens parce qu’il lui tient tête. Son gouvernement a annoncé il y a deux semaines qu’il imposera des tarifs douaniers sur une panoplie de produits américains en ripostes aux mesures protectionnistes américaines qui toucheront l’acier et l’aluminium.

« J’ai trouvé qu’il en avait repris qu’il a appris de ses leçons », explique-t-elle en faisant référence au voyage de Justin Trudeau en Inde.

La tâche des libéraux sera toutefois difficile pour renverser la tendance qui se dessine dans la circonscription. Même André Harvey ancien député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord qui a porté les couleurs du Parti progressiste-conservateur et du Parti libéral de 1997 à 2004 le reconnaît que « ce n’est pas gagné. »

« C’est loin d’être joué, la dernière semaine est hautement stratégique et importante, explique-t-il. Moi, j’ai bonne confiance que les dernières semaines ont permis à M. Trudeau de reprendre du poil de la bête. »

Le résultat de l’élection partielle ne changera pas l’équilibre à la Chambre des communes. Une victoire pour Justin Trudeau enverrait néanmoins le message que sa popularité est encore forte au Québec, où son parti espère faire des gains lors de l’élection générale d'octobre 2019.

Tandis que pour les conservateurs, une victoire tiendrait « du miracle », selon une source. La victoire de Richard Martel illustrerait que les astres sont toujours alignés pour les conservateurs qui poursuivent leur opération charme au Québec, afin de faire connaître au moins le nom de leur chef.

Cette partielle annonce-t-elle une nouvelle dynamique électorale, où les courses à trois et à quatre des dernières années se transformeront en duels en 2019?

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