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Cinq erreurs d’urbanisme à corriger à Saguenay

Y a-t-il des endroits dans votre ville qui vous désolent, qui sont peu sécuritaires ou qui rendent vos déplacements difficiles? Que ce soit parce qu'ils ont été mal planifiés ou que leur développement ne s'est pas déroulé comme prévu, certains lieux contribuent à ce qu'on aime moins nos villes.

Un texte de Chantale Desbiens

À un an de l'élection d'un nouveau maire à Saguenay, quels sont les défis qui se présentent en matière d'urbanisme pour les élus qui formeront le prochain conseil municipal?

Nous avons posé la question au géographe et urbaniste Martin Simard, qui est professeur titulaire à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Voici cinq endroits qu'il a retenus.

1. LA DÉMOLITION DES ÉGLISES MODERNES

Le Saguenay s'est démarqué durant les années 60 avec la construction d'églises à l'architecture particulière, en forme de cône. Les églises Notre-Dame-de-Fatima, dans l'arrondissement de Jonquière, et Saint-David, à Saint-David-de-Falardeau, font partie de ce patrimoine religieux cité en exemple. Elles sont l'oeuvre des architectes Léonce Desgagné et Paul-Marie Côté.

« C'était un peu une des caractéristiques de la ville et souvent, dans les livres d'architecture ou d'urbanisme, on notait que les églises modernes du Saguenay étaient particulièrement belles, originales, souligne Martin Simard. Un des problèmes cependant, c'est que comme elles étaient originales, leur structure, leur architecture étaient particulières, donc dans certains cas, il y a eu des problèmes techniques d'infiltrations d'eau, de structure. C'était peut-être une faiblesse, mais malgré tout, on aurait peut-être pu faire davantage pour les maintenir en vie. »

L'église Saint-David a été démolie en mai dernier, et l'église Notre-Dame-de-Fatima est sur le point de subir le même sort.

2. LE MÉGACENTRE COMMERCIAL DU BOULEVARD RENÉ-LÉVESQUE

Au tournant des années 2000, Jonquière a vu l'opportunité de créer une zone commerciale dans le secteur du boulevard René-Lévesque, avec la construction de l'autoroute 70 tout près. La tendance commerciale était alors d'aménager des mégacentres.

L'idée était aussi d'attirer les consommateurs du Lac-Saint-Jean à Jonquière, avant qu'ils se rendent à Chicoutimi, rappelle l'urbaniste Martin Simard.

La fusion de 2002 et la fermeture du Walmart, en 2005, ont contribué à freiner le projet.

« C'est quand même assez désolant de voir ces immenses terrains vacants avec quelques bâtiments souvent très éloignés de la rue qu'on peut voir, et je dirais qu'il n'y a pas beaucoup de cas où on a raté un power center, affirme M. Simard. Il y a tout un contexte explicatif, mais il n'en demeure pas moins que c'est vraiment ce que j'appelle moi un power center avorté, ce qui est quand même exceptionnel parce que chez les commerçants, c'est la nouvelle façon de s'implanter. »

3. LE TERRAIN VACANT DU CENTRE-VILLE DE L'ARRONDISSEMENT DE CHICOUTIMI

Situé entre le boulevard du Saguenay, la rue Lafontaine et la rue du Havre, on trouve un vaste terrain vacant qui sert de stationnement. Ce terrain, note l'urbaniste Martin Simard, est très bien situé et aurait pu servir autant pour l'établissement d'immeubles de bureaux, de commerce ou pour l'habitation.

« Qu'on n'ait pas réussi à trouver une activité autre que le stationnement pour ce terrain-là depuis 25, 30 ans qu'il est libéré, c'est impressionnant parce que c'est en plein coeur du centre-ville, à côté du Vieux Port », dit-il.

4. LES PISTES CYCLABLES QUI NE FORMENT PAS DE RÉSEAU

Le professeur titulaire en géographie et aménagement de l'UQAC soulève également le fait que l'absence d'un véritable réseau de pistes cyclables à Saguenay est un élément à améliorer. Les pistes cyclables comportent plusieurs points de rupture dans la ville, principalement près des boulevards.

« C'est sûr qu'on a un très grand territoire à couvrir, mais c'est un territoire qui a déjà des tronçons de pistes cyclables. Il y en a plusieurs qui sont intéressants, mais le problème c'est qu'ils ne sont pas interconnectés entre eux. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de prendre, par exemple, la piste cyclable du boulevard Barrette et là, de frapper le mur si on peut dire du boulevard Talbot ou du boulevard Saint-Paul. C'est dur à traverser quand on a deux ou trois petits bambinos à bicyclette en arrière de nous », soulève M. Simard.

5. L'ÉTALEMENT URBAIN

Le problème de l'étalement urbain n'est pas unique à Saguenay. « C'est un peu comme le cancer des villes modernes », indique l'urbaniste.

La création de Saguenay autour de trois pôles majeurs avec les anciennes villes de Chicoutimi, Jonquière et La Baie en fait une ville très étendue qui amplifie l'étalement urbain.

« On se dit qu'on est en région, on a de l'espace, pourquoi se tasserait-on, pourquoi faire une ville plus compacte? Mais évidemment, il y a des coûts associés à ça, des coûts environnementaux, des coûts économiques aussi et ne serait-ce que tout ce réseau routier qu'il faut entretenir, qu'on a peine à entretenir si on regarde l'état des routes actuel, ça justifierait peut-être déjà de moins étaler la ville », conclut Martin Simard.

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