Extraire les résidus de table et de jardin de vos ordures ménagères pour en faire du compost, sans avoir à faire de tri à la maison. C'est le projet pilote qui est en cours chez Gazon Savard à Saguenay, en collaboration avec le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) ainsi que les MRC de l'Érable, de L'Islet, de Bellechasse et la Régie de gestion des déchets de Béancour-Nicolet-Yamaska.

Un texte de Priscilla Plamondon Lalancette

Le traitement mécanobiologique (TMB) mis au point par le CRIQ permet de trier le contenu d'un camion à ordures et d'en extraire la matière organique en une heure. Le dispositif ouvre les sacs de poubelle et tamise les déchets.

La fraction grossière et la fraction intermédiaire sont envoyées au site d'enfouissement. La fraction fine recueillie est transformée en compost de qualité B pour les terres agricoles. Jusqu'à 70 % des ordures sont valorisées avec le procédé. Un tri supplémentaire permet même de récupérer les matières recyclables qui se retrouvent aux poubelles comme du plastique, du verre ou des canettes.

« Y'a des municipalités au Québec qui sont à se poser la question : "Est-ce qu'on met le bac brun ou est-ce qu'on pourrait traiter nos ordures ménagères?" L'avantage qu'on a de traiter nos ordures, c'est qu'on peut aller chercher une plus grande proportion que l'effort du citoyen », explique Yves Bernard, ingénieur au CRIQ .

Les ordures de Saguenay sont utilisées dans le cadre du projetpilote. La technique utilisée à l'intérieur des installations permet de désodoriser la matière qui atteint 63 degrés Celsius. Aucune odeur n'est générée pendant le processus de compostage qui dure trois mois.

Le processus sera à l'essai pendant un an. Il s'agit de l'aboutissement des travaux de recherche amorcés en 2014 par le CRIQ. À terme, ces avancées pourraient permettre de détourner 90 % des déchets des dépotoirs.

« On entend souvent parler du zéro enfouissement. Là, on a vraiment le côté pratico-pratique », ajoute l'ingénieur Yves Bernard.

Un premier bilan du projet pilote sera effectué à la fin de l'été. Les résultats complets seront dévoilés en février 2019.

Une décision à prendre en 2019

Les municipalités du Québec ont jusqu'à la fin 2019 pour choisir un processus de traitement des matières organiques. Les MRC partenaires aimeraient bien recourir au traitement mécanobiologique.

« Ils veulent savoir c'est quoi les problèmes, c'est quoi les bogues qu'on pourrait rencontrer avant d'aller construire une installation pleine grandeur. L'installation qu'on a ici va traiter 2500 tonnes. Ces MRC ont des tonnages de l'ordre de 5000 à 15 000 tonnes, donc ça va être facile de faire la mise à l'échelle pleine grandeur », souligne Yves Bernard.

La voie de l'avenir pour Gazon Savard

Le projet pilote est déployé dans les installations de Gazon Savard à Saguenay.

L'entreprise avait déjà tous les certificats d'autorisation du ministère de l'Environnement, les infrastructures, de même que l'expertise pour composter et opérer la machinerie.

Gazon Savard a d'ailleurs choisi de lancer une nouvelle division environnementale appelée Reviterre.

L'entreprise qui a investi 5 millions de dollars dans ses installations a notamment composté les matières putrescibles des villes de Toronto et de Québec. Elle a désormais la capacité de traiter 47 000 mètres cubes de compost.

« Si tu prends une matière organique, nous autres, on sait quoi mettre à l'intérieur pour en faire un compost de qualité. C'est comme le colonel, c'est la recette à Gazon Savard », conclut Marcelle Tremblay.

Plus d'articles