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Des entrepreneurs autochtones de Mashteuiatsh critiquent l’octroi d’un contrat d’Hydro-Québec

Des entrepreneurs de Mashteuiatsh sont en colère parce qu'ils affirment avoir été écartés d'un important contrat de déboisement d'Hydro-Québec pour la construction de la ligne Chamouchouane-Bout-de-l'Île, entre le Lac-Saint-Jean et Montréal.

Un texte de Véronique Dubé

Tout a commencé l'an dernier, lors de la réalisation du parc éolien Rivière-du-Moulin dans la réserve faunique des Laurentides. Ricardo Arias, qui embauche 85 personnes chez Uapats de Mashteuiatsh depuis dix ans, avait été désigné par le bras d'affaires du conseil de bande pour réaliser le déboisement.

Lorsqu'Hydro-Québec lance un projet, une part des contrats est réservée aux Autochtones du territoire touché. Ces contrats sont donnés de gré à gré afin de maximiser les retombées dans les communautés autochtones.

Uapats ne réussissant pas à respecter les délais pour les travaux de déboisement, la société en commandite qui reçoit les subventions d'Hydro-Québec pour la communauté innue, Développement Piekuakami Ilnuatsh, a donc cessé de payer l'entrepreneur.

« Du jour au lendemain, on se fait dire qu'on est plus bons et on arrête de nous payer, déplore M. Arias. Alors on arrête de payer nos sous-traitants. Je ne peux pas faire un gouffre sans fin, voyons... »

Lui et une douzaine de sous-traitants auraient ainsi perdu près de 800 000 $ dans l'aventure.

Le chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, répond que le conseil a aussi perdu de l'argent dans ce contrat.

Vers l'autonomie

Ricardo Arias, qui parle au nom d'une demi-douzaine d'hommes d'affaires de Mashteuiatsh, pense que les élus de Mashteuiatsh font fausse route. Il avance que son entreprise doit aussi être vue comme une école puisque les contrats de gré à gré ont pour objectif de permettre aux Innus de devenir plus autonomes. 

« Ça m'a coûté 50 % de mon entreprise et au-delà de 1 million de dollars, mentionne-t-il. Déjà, quand on est une entreprise autochtone, c'est très très très difficile à développer, peu importe dans la sphère où on va parce que la loi sur les Indiens nous bloque tout le temps. »

Déception autour du projet Chamouchouane-Bout-de-l'Île

Ricardo Arias pensait pouvoir remettre son entreprise sur pied avec le nouveau contrat de la ligne Chamouchouane-Bout-de-l'Île, évalué entre 3 et 5 millions de dollars. Mais Développement Piekuakami Ilnuatsh a choisi une nouvelle entreprise de Mashteuiatsh créée quelques mois auparavant, Massinak, qui utilise surtout les équipements d'un entrepreneur de Québec.

« On n'est pas là pour salir plus l'un ou l'autre, ajoute M. Arias,mais comme entrepreneur, on a besoin de contrats. On veut se développer. On a des gens de la communauté qu'on a formés, qu'on forme encore et qui veulent travailler. »

L'un des propriétaires de l'entreprise Massinak rencontré à La Doré, où sera bientôt érigée la nouvelle ligne de transport de 400 kilomètres en direction de Montréal, affirme qu'il embauche dix Autochtones sur ses 18 employés. 

Quoi qu'il en soit, le conseil de bande de Mashteuiatsh surveille la situation de près pour s'assurer que l'entrepreneur fait travailler suffisamment de membres de sa communauté.

La directrice de Développement Piekuakami Ilnuatsh, Collette Robertson, admet que le processus de sélection des entreprises n'est peut-être pas parfait. Elle affirme que le choix de Massinak a été approuvé par le conseil de bande et promet des retombées maximales.

Quant à Hydro-Québec, elle affirme ne pas avoir de droit de regard lorsqu'il s'agit du deuxième niveau de sous-traitants. L'important pour la société d'État, c'est que les contrats soient donnés à une entreprise qui possède une adresse à Mashteuiatsh.

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