Après sa maîtrise en santé publique à l'Université de Montréal, Andrée-Anne Lefebvre hésite à poursuivre ses études au doctorat. Dans un contexte où le taux de chômage était plus élevé chez les détenteurs de doctorat que la moyenne provinciale en 2016, Andrée-Anne fait partie des étudiants qui se demandent si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Un texte de Catherine Paradis

Le questionnement d’Andrée-Anne Lefebvre est devenu si commun que l’Université Laval a profité du congrès de l’ACFAS, qui se tient à Saguenay cette semaine, pour lancer le deuxième volet d’une vaste enquête sur les compétences des doctorants et la façon dont ils sont perçus sur le marché du travail.

L’équipe de l’Université Laval a mené près de 100 entrevues depuis l’automne dernier auprès de détenteurs de doctorats et d’employeurs qui ont ou non embauché d’universitaires de si haut niveau.

« Les résultats préliminaires nous confirment effectivement les préjugés à l’endroit des doctorants qui sont perçus comme des gens surqualifiés, qui ne vont pas rester à l’emploi si on les embauche et qui sont déconnectés de la réalité », explique Marceline Bangali.

De 2005 à 2015, plus de 18 000 étudiants ont obtenu un doctorat au Canada. Si certains aspiraient à entreprendre ensuite une carrière comme professeur, environ 80 % d’entre eux ont plutôt dû se tourner vers l’extérieur du milieu universitaire par manque de postes dans les établissements d’enseignement supérieur.

Le coordonnateur de l’Union étudiante du Québec, Philippe LeBel, reconnaît que les étudiants ont une part de responsabilité pour valoriser leurs propres diplômes et transmettre leurs connaissances.

« Les diplômés pensent tellement à leur thèse qu’ils viennent de faire pendant six ou sept ans ont parfois de la difficulté à s’enlever les œillères pour voir et faire voir ce qu’ils peuvent amener dans le marché du travail », explique l’étudiant, lui-même en cours de doctorat en salubrité alimentaire. Il attend avec impatience les résultats de l’étude que mène l’Université Laval.

Entre-temps, de plus en plus d’universités incluent la préparation au marché du travail dans le parcours universitaire de deuxième cycle.

Des stages rémunérés en entreprise sont aussi de plus en plus encouragés afin de rattraper l’écart entre les volets académiques et professionnels.

La directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec, Louise Poissant, a d’ailleurs souligné l’importance d’encourager les jeunes à poursuivre des études doctorales : « 65 % des jeunes d’aujourd’hui occuperont un emploi qui n’existe pas encore. Nous comptons sur les doctorants pour les inventer », a-t-elle mentionné durant les discussions au congrès de l’ACFAS.

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