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Des familles se confient 50 ans après une course de canot mortelle à Alma

Ils sont 25 000 à les avoir vus se noyer dans la rivière Petite-Décharge à Alma, au Lac-Saint-Jean. La course de canot devait être l'événement de l'été 1967. Après 50 ans de silence, des proches se confient dans des témoignages exclusifs alors qu'une plaque commémorative sera bientôt dévoilée.

Un texte de Catherine Paradis

C’était le 3 août 1967. Après un tirage au sort, deux Autochtones de Mashteuiatsh se lancent les premiers dans la course de canot tant attendue pour souligner le centenaire de la Ville d’Alma.

Moins de cinq minutes après le départ, c’est la catastrophe. Le canot chavire, projetant Lauréat Dominique et Joseph Benjamin dans l’eau vive.

Pour la première fois en 50 ans, la femme de M. Dominique a accepté de revenir à l'endroit même où tout à basculé.

« J'ai vu le canot casser en deux et ils ont flotté. J'ai marché pour voir s'ils étaient encore vivants et rendue à la Petite-Décharge quand je les ai vus, ils étaient déjà morts », raconte Rose-Anna Hervieux, veuve de Lauréat Dominique.

Débit accéléré

Pour assurer un bon spectacle, les vannes du barrage en amont avaient été ouvertes pour laisser passer plus de 350 mètres cubes d’eau dans la Petite-Décharge, soit environ la moitié de la crue printanière.

Aujourd’hui, même les spécialistes de l'eau-vive que nous avons consultés hésiteraient à se lancer dans ces conditions.

Après avoir fait partie de l’organisation, Yves Garon estime qu’il n’est pas hanté par le drame pour autant.

« J'ai pour mon dire que c'est eux qui ont pris la décision. Pourquoi j'irais me culpabiliser ou quelqu’un d'autre irait se culpabiliser alors que c'est eux-mêmes qui ont décidé », explique-t-il, de l’endroit même où il a été témoin de l’accident.

La course a néanmoins été annulée immédiatement, même si d’autres canotiers aguerris tenaient eux aussi à braver les eaux pour impressionner les milliers de spectateurs.

Le ressentiment persiste

Dans la famille Benjamin, la photo du patriarche a toujours sa place sur le mur d’un salon. En visite chez sa sœur, Étiennette l’observe encore avec colère et évite surtout de retourner à Alma.

Vers la réconciliation

En 50 ans, c’est la première fois que des gens se confient autant sur ce traumatisme collectif.

À l’occasion du 150e anniversaire, la Ville d’Alma honorera la mémoire de Lauréat Dominique et Joseph Benjamin en dévoilant une plaque commémorative sur les rives de la Petite-Décharge.

« C'est important parce qu'il faut mémoriser les hommes courageux, le courage qu'ils avaient pour aller en canot comme ça, parce que, moi, mon père c'était un gars courageux », indique Étiennette Benjamin.

Pour le moment, les familles n'envisagent pas de recours supplémentaire.

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