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Des villes sous les eaux... il y a 14 000 ans

Montréal submergée sous 90 mètres d'eau, Ottawa sous 100 mètres, Rimouski sous 140 mètres, des coquillages trouvés à des kilomètres du littoral, c'est le portrait de la vallée du Saint-Laurent il y a environ 14 000 ans, à l'époque des mers de Goldthwait et de Champlain.

Un texte d'Isabelle St-Pierre Roy  et Denis Castonguay 

Le fleuve Saint-Laurent n'a pas toujours été tel qu'on le connaît depuis l'arrivée des premiers explorateurs. Il suffit de reculer d'environ 14 000 ans pour retrouver un paysage tout autre, avec des étendues d'eau beaucoup plus vastes que le fleuve actuel. Aujourd'hui, des villes entières sont construites sur d'anciennes plages ou sur les anciens lits des mers de Goldthwait et de Champlain. Des chercheurs étudient d'ailleurs les traces de ces bassins immenses qui ont existé à l'époque de la dernière déglaciation.

La mer de Goldthwait

Il y a 14 000 ans, le niveau élevé de la mer repoussait les limites du littoral à plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres le long des côtes du Saint-Laurent jusqu'à la hauteur de la ville de Québec. À Blanc-Sablon, l'eau s'étendait jusqu'à 50 kilomètres au-delà du bord de mer actuel. De nombreuses villes que l'on connaît aujourd'hui auraient été submergées par la mer de Goldthwait. La partie orangée du graphique qui suit représente les frontières du territoire inondé.

Passez votre curseur sur la carte pour connaître l'ampleur de la submersion.

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Les prémices de la mer de Champlain

De gigantesques lacs ont précédé la création de la mer de Champlain à l'ouest de la région de Québec. Lors de la déglaciation, de grands bassins ont vu le jour à cause de la glace qui bloquait l'écoulement naturel des eaux, tel un barrage de castor. Ces lacs occupaient plus ou moins les étendues que l'on connaît comme les lacs Champlain, Memphrémagog et Mégantic. Vers 12 000 ans avant aujourd'hui, les glaces se sont retirées et cette eau douce s'est mélangée à l'eau salée de l'Atlantique qui profitait d'une brèche à la hauteur de Québec. Des millions de personnes habitent aujourd'hui l'ancien espace qu'occupait la mer de Champlain, de Québec à Ottawa, en passant par Montréal.

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D'hier à aujourd'hui

Voyez la situation de certaines structures modernes si elles avaient existé à l'époque des mers de Champlain et de Goldthwait.

La chronologie des mers de Goldthwait et de Champlain

Antoine Morissette, du Département de géographie de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), est l'un des chercheurs qui étudient les traces des mers de Goldthwait et de Champlain pour mieux comprendre cet épisode de déglaciation.

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Pourquoi la vallée du Saint-Laurent n'est-elle plus submergée

Lors de la déglaciation, les terres ont été libérées du poids des glaces qui recouvraient une partie du territoire canadien, provoquant la remontée de la croûte continentale. L'élévation du niveau du sol a entraîné le retrait des mers de Goldthwait et de Champlain. D'ailleurs, le lac Lampsilis, ancêtre du lac Saint-Pierre entre Sorel-Tracy et Trois-Rivières, a pris la place de la mer de Champlain il y a un peu moins de 10 000 ans.

L'époque de la mer de Goldthwait est bel et bien révolue selon le chercheur au Département de géographie de l'UQAR Antoine Morissette. « Cette mer est associée à un épisode, mais c'est un grand cycle. [...] Si une nouvelle ère [glaciaire] s'enclenche, des fluctuations du niveau marin relatif et, potentiellement, de nouvelles mers postglaciaires vont suivre », mentionne le professeur.

Risques d'inondations côtières

En attendant la prochaine glaciation, nous allons quand même faire face à des variations du niveau marin relatif. « Dans le cas du Saint-Laurent, le niveau marin relatif tend à augmenter », précise Antoine Morissette. À court terme, les scientifiques prévoient la montée du niveau de l'eau de quelques centimètres par année en raison des changements climatiques. Des résidents du bord du littoral pourraient se retrouver les deux pieds dans l'eau. Nous sommes toutefois très loin des niveaux des mers de Goldthwait et de Champlain, qui résultaient d'une déglaciation et non d'un phénomène de changements climatiques.

Dans les années à venir, les anciennes zones inondées seront potentiellement les premières à être submergées par cette montée des eaux. Pour cette raison, Antoine Morissette croit aussi que l'aménagement du territoire, anciennement submergé par la mer de Goldthwait, doit être planifié dans une perspective de changements climatiques.

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