Retour

Dix ans après l’achat d’Alcan par Rio Tinto, qu’en retient le Saguenay-Lac-Saint-Jean?

En juillet 2007, Alcan est passée aux mains de la multinationale anglo-australienne Rio Tinto. La compagnie avait offert près de 38 milliards de dollars américains pour acheter le géant canadien de l'aluminium.

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, admet qu’Alcan aurait eu de la difficulté dans le contexte actuel des bas prix de l’aluminium, et avec la crise économique de 2008. Il croit cependant que la région a perdu de l’influence avec l’arrivée de Rio Tinto.

« Les décisions se prennent de plus en plus loin du Québec et évidemment du Saguenay-Lac-Saint-Jean, souligne M. Gaudreault. Alors qu’à l’époque d’Alcan presque tous les cadres ou la haute direction étaient passés par les usines de Jonquière, là on s’aperçoit que c’est beaucoup plus flou et c’est beaucoup plus complexe de faire valoir les avantages de la région. »

Le maire d’Alma, Marc Asselin, croit lui aussi que la vente d’Alcan à Rio Tinto il y a 10 ans a éloigné le pouvoir de décision de l’entreprise. Il se demande tout de même comment Alcan se serait tirée d’affaire.

« Avec la mondialisation et le pouvoir énorme que la Chine a aujourd’hui, je ne suis pas certain que ça aurait été mieux de demeurer à la dimension d’Alcan. C’est le monde des affaires, c’est un monde dur, c’est un monde qui s’égalise et quelque part, ceux qui n’ont plus d’affaire dans le décor disparaissent », ajoute Marc Asselin.

Les 600 syndiqués de l’aluminerie d’Alma retiennent pour leur part le lock-out imposé par Rio Tinto en 2012. « C’est une entreprise qui est très stricte dans sa gestion, qui est difficile à négocier », mentionne le président des employés de bureau, Patrice Harvey.

Bonne décision

Jean-Pierre Blackburn était ministre du Travail et de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec au moment de la transaction. Il se dit convaincu que le gouvernement Harper à l’époque a pris une bonne décision en donnant le feu vert à la vente d’Alcan à Rio Tinto.

Maintenant candidat à la mairie de Saguenay, Jean-Pierre Blackburn dit avoir parlé à l’époque à son collègue de l’Industrie, Jim Prentice, des inquiétudes de la région face à cette prise de contrôle. Il souligne que son gouvernement a approuvé cette vente d’Alcan parce qu’elle était dans l’intérêt du Canada.

Des avancées pour la région

Quoi qu’il en soit, la porte-parole de Rio Tinto, Claudine Gagnon, maintient que la multinationale a déjà eu des effets positifs au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Investir 1,3 milliard dans le projet d’AP-60 et 300 millions pour une treizième turbine à Shipshaw, ça démontre déjà l’engagement que Rio Tinto a eu », indique Mme Gagnon.

L’entreprise n’a cependant pas encore investi les milliards de dollars nécessaires pour agrandir l’aluminerie d’Alma et construire la deuxième phase d’AP-60 à Jonquière.

Lors de son passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean en juin, la haute direction de Rio Tinto a réitéré que la compagnie souhaite continuer à développer ses usines de la région dans les années à venir, mais que le marché actuel ne permet pas d’annoncer d’investissement à court terme.

Plus d'articles

Commentaires