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Exploitation sexuelle : les adolescentes en région plus vulnérables

Les adolescentes et les jeunes femmes en région sont plus ciblées par les proxénètes avec l'arrivée de plateformes telles Instagram et Snapchat, estiment divers intervenants. Avec l'avènement des médias sociaux, elles sont plus accessibles, et le phénomène touche maintenant toutes les classes sociales.

Un texte de Catherine Bouchard

Les intervenants communautaires et policiers estiment que les adolescentes en région sont plus vulnérables, notamment en raison d'un faux sentiment de sécurité. La perception que l'enrôlement dans l'industrie du sexe ne survient que dans la métropole persiste. Pourtant, les mesures de recrutement sont de plus en plus simples.

« Beaucoup de jeunes vont exposer leurs vulnérabilités sur les réseaux sociaux sans même s'en rendre compte. Ils vont les garder dans leur poche arrière pour le moment opportun », explique Mme Mensales, responsable du service de prévention du SPVM, Les Survivantes. Les proxénètes vont d'ailleurs guetter un moment de vulnérabilité sur Instagram de l'adolescente pour aller commenter une photo. Ils se posent alors en sauveur, en ami compatissant, pour développer une relation de confiance avec la jeune femme. Certains discutent durant des années sur les réseaux sociaux avec ces jeunes femmes avant de les amener tranquillement dans le milieu de la prostitution, rapportent des travailleurs sociaux et des policiers.

Les adolescentes des communautés qui se trouvent entre Québec et Montréal seraient particulièrement à risque, notamment en raison de leur proximité avec des axes autoroutiers.

« C'est des communautés qui sont plus vulnérables, parce qu'ils n'ont pas les moyens comme Québec ou Montréal. [...] À Québec, on offre des programmes de prévention à travers l'ensemble des écoles secondaires de la région. Ça, ça existe peu ou pas à Trois-Rivières, à Drummondville, à Louiseville et à Plessisville », indique Geneviève Quinty, du Projet intervention prostitution Québec (PIPQ).

Son organisme intervient d'ailleurs auprès de victimes de la Mauricie et du Centre-du-Québec et fait de l'intervention dans les écoles de ces régions, si ces établissements en font la demande.

« Étant donné que les grandes villes se sont mobilisées, bien les recruteurs et les proxénètes ont avantage à aller dans les plus petites communautés, qui sont moins à l'affût de ces phénomènes-là ou se sentent plus à l'abri, pour aller à la rencontre de jeunes filles », constate Mme Quinty.

En Mauricie-Centre-du-Québec, seulement un cas a été recensé dans les six dernières années par la Sûreté du Québec. Une poignée d'autres ont été comptabilisés dans d'autres régions. Un nombre loin de la réalité selon les intervenants

Plus « manipulables »

« Étant originaire du Saguenay, je ne comprenais pas trop où je m'en allais. Je ne pense pas que je comprenais les risques », estime Stéphanie (prénom fictif). Elle a été enrôlée à l'âge de 24 ans par un homme qu'elle croyait être son ami et qui lui a présenté plus tard son proxénète. Après avoir perdu son emploi, elle s'est laissée convaincre de « faire quelques clients ». Rapidement, elle s'est retrouvée à devoir accepter des clients de longues heures par jour.

Elle croit que les adolescentes et jeunes femmes qui, comme elles, viennent de l'extérieur de Montréal sont plus à risque de se retrouver dans ce milieu. Elle constate que certains proxénètes ont d'ailleurs flairé la bonne affaire.

« Je pense qu'il y en a certains qui ont compris que d'aller en région, c'est bon. Les filles sont plus manipulables. Oui, ils vont en prendre des mineures, mais ils vont aussi en prendre des majeures, et elles vont être aussi manipulables que la petite fille de 15 ans », raconte Stéphanie, qui a constaté cette tendance dans le milieu.

Toujours plus loin à l'Ouest

Une autre tendance inquiétante : les adolescentes et jeunes femmes québécoises sont envoyées de plus en plus loin dans l'Ouest canadien, vers l'Alberta et la Colombie-Britannique, notamment.

« C'est à la fois pour faire plus d'argent, parce que les filles valent plus cher sur le marché de l'Ouest canadien, car elles sont considérées exotiques. C'est aussi pour changer leurs façons de faire pour éviter de se faire pincer, évidemment. C'est aussi une question d'isoler ces jeunes femmes-là, qui arrivent par exemple du Saguenay ou de la Mauricie et qui ne maîtrisent pas nécessairement l'anglais. Elles vont arriver dans des provinces où c'est majoritairement anglophone », indique Josée Mensales.

Selon le recensement de 2011 de Statistique Canada, seulement 21,35 % des résidents de ces deux régions parlaient français et anglais. Ces jeunes femmes deviennent donc plus vulnérables

La police d'Edmonton affirme rencontrer chaque année une trentaine de jeunes femmes québécoises offrant des services sexuels. Celles rencontrées par les policiers ont, selon ces derniers, toutes plus de 18 ans, mais ça ne signifie pas que des adolescentes ne se retrouvent pas prises, indique le service de police.

« Les efforts déployés par les trafiquants sont probablement plus importants que de mettre leur annonce sur Backpages.com. Ils utilisent les médias sociaux, où [l'emplacement] est plus difficile à établir pour nous », indique le sergent-chef Dale Johnson, de l'unité contre l'exploitation sexuelle et le trafic humain de la police d'Edmonton.

M. Johnson indique que la capitale albertaine demeure une destination de choix pour les trafiquants, même malgré un ralentissement de l'économie en 2015.

Pour Stéphanie, il faut davantage discuter de consentement et de relations saines avecles jeunes filles pour éviter qu'elles tombent dans les griffes de ces trafiquants.

« Il faut leur expliquer aussi que l'amour, ça ne mène pas à quelque chose de mal. Tu ne peux pas endurer tout ça juste pour de l'amour. Faut s'aimer en premier. Faut pas aimer quelqu'un d'autre et tout endurer », conclut-elle­.

Pour contacter la journaliste Catherine Bouchard : catherine.bouchard@radio-canada.ca

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