Des universitaires basés au Québec, en France et aux États-Unis étaient réunis cette semaine à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) pour rendre hommage à la contribution du sociologue Gérard Bouchard, qui a pris sa retraite en janvier dernier, et qui est désormais professeur émérite à l'Université où il a passé l'ensemble de sa carrière.

Un texte de Bruno Maltais

Bien connu des Québécois depuis qu'il a présidé la commission sur les accommodements raisonnables il y a 10 ans, Gérard Bouchard est reconnu internationalement pour ses travaux scientifiques dans plusieurs domaines, dont la sociologie, l'histoire, la génétique et la démographie.

Lors des deux jours du colloque intitulé « Explorer le social : au passé et au présent, du biologique au symbolique », des chercheurs ont mis en relief les travaux de Gérard Bouchard autant par rapport à l'histoire sociale de la population qu'aux enjeux entourant les accommodements raisonnables dans la foulée de la Commission Bouchard-Taylor.

Sur le plan de la recherche, Gérard Bouchard a notamment entrepris l'imposante base de données BALSAC qui permet de réaliser des études d'envergure sur l'histoire de la population au Québec et influencé nombre de ses collègues avec ses travaux sur la genèse des nations.

Originaire de Jonquière, Gérard Bouchard a passé plusieurs années à étudier l'histoire sociodémographique du Saguenay. En 2007 et 2008, il a coprésidé avec le philosophe Charles Taylor la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles.

« C'est très rare, les universitaires qui acceptent de jouer un rôle clé dans la société », dit de son côté Alain-G. Gagnon, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal.

Cette contribution au débat public a des effets variables, explique le principal intéressé. « Je suis intervenu souvent dans la société et je le fais toujours, mais comme un intellectuel ou un porte-parole parmi bien d'autres. On ne sait jamais ce qu'il advient d'un énoncé, d'un texte qu'on va publier dans un journal, d'une proposition qu'on émet à l'occasion d'une entrevue, d'un colloque », explique Gérard Bouchard. « Si on prend l'exemple de la commission [sur les accommodements raisonnables], on ne peut pas dire que les suites ont été vraiment spectaculaires. Les gouvernements ont été un peu inactifs pour ce qui est des recommandations qu'on avait faites », ajoute-t-il.

L'hiver dernier, il a reproché au premier ministre Philippe Couillard de ne pas avoir saisi l'occasion de régler la question du port des signes religieux en appliquant les recommandations du rapport qu'il a cosigné avec Charles Taylor.

Le sociologue se réjouit néanmoins que le rapport ne soit pas complètement oublié et qu'il continue d'influencer d'autres sociétés. « C'est un rapport qui fait une grosse carrière à l'étranger. Ici au Québec, il disparaît, il y a des éclipses, il revient de temps à autre, mais il n'y a pas encore un gouvernement qui s'est commis à la tâche d'appliquer les recommandations qu'on a faites et d'instituer le modèle d'interculturalisme comme on l'avait défini pour en faire la loi officielle au Québec. »

De tous les travaux de Gérard Bouchard, plusieurs chercheurs soulignent son intérêt pour différentes disciplines. « Dans une société, même si on s'intéresse à un phénomène limité qui relève de la culture, du social, de l'économique, de la démographie, etc., il n'y a jamais de phénomène isolé. Les faits sociaux sont toujours liés entre eux », rappelle Gérard Bouchard.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine