Des bruits de tôles qui grincent. Des portes qui claquent au vent. Trois ans après la fermeture de la cartonnerie de Jonquière, le site laissé à l'abandon donne froid dans le dos. Visite au coeur de ce cimetière industriel au passé trouble.

Un texte de Priscilla Plamondon Lalancette

En arrivant sur les lieux, une étrange impression se dégage, comme si l'âme des anciens travailleurs hantait toujours les bâtiments délaissés.

Difficile d'oublier la mort de Guy Perron, un employé de BayShore qui surveillait l'usine désaffectée en février 2017. L'homme de 55 ans a fait une chute de plusieurs mètres alors qu'il récupérait des morceaux de ferraille en guise de chèque de paye.

Le paysage désolant est marqué par la rouille, les matériaux tordus, les pièces arrachées et les fenêtres brisées.

L'usine construite en 1962 tombe en lambeaux.

Aucun espace ne semble avoir été épargné par le temps ou les malfaiteurs.

Une vingtaine d'incendies ont ravagé les installations depuis qu'elles ont été désertées. Les pompiers ne s'y aventurent même plus.

Les panneaux des entreprises qui ont exploité les lieux rappellent qu'il n'y a pas si longtemps encore, l'usine mettait du pain et du beurre sur la table de centaines de famille. Des ménages pris au dépourvu lors de la fermeture soudaine en juillet 2015.

Les pilleurs ont retiré les entrailles de la cartonnerie avant que les pics des démolisseurs ne portent l'assaut final.

Le permis de démolition a déjà été accordé par la Ville de Saguenay à BayShore malgré des taxes et frais non payés de deux millions de dollars.

Des débris jonchent le sol partout : des poteaux électriques sciés, des gaines de fil éventrées, des objets abandonnés.

Chacun semble y avoir trouvé son compte. Les panneaux électriques sont vides.

Même les poignées de porte ont été dérobées.

Au centre, droite et fière, la grande cheminée tient toujours. Avec le château d'eau au fond du terrain, elle fait partie des icônes du patrimoine industriel de Jonquière.

Une fois les bâtiments démolis par BayShore, Graphic Packaging devra procéder à la décontamination et à la réhabilitation de cette zone industrielle.

Et comme un pied de nez à la vocation industrielle de ce site bucolique, la nature reprend tranquillement ses droits.

Le bitume fissuré laisse place à la végétation. Des arbres poussent dans les décombres.

Comme quoi après la mort de la cartonnerie, il y aura une autre vie.

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