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Jean Tremblay amorce une carrière de chroniqueur radio à Québec 

Le maire de Saguenay entreprendra une nouvelle facette de sa carrière, mardi. Jean Tremblay tiendra sa première chronique quotidienne sur les ondes du FM 93 à Québec.

Un reportage de Michel Gaudreau

Le hasard veut que cette première intervention du maire survienne le même jour que la controversée rentrée de l'ex-ministre Nathalie Normandeau à l'antenne d'une autre station de la capitale.

Le directeur de l'information et de la programmation au FM 93, Pierre Martineau, croit que Jean Tremblay a tout pour intéresser les auditeurs de Québec.

M. Martineau précise que Jean Tremblay sera libre de commenter tous les sujets, sauf les dossiers concernant la Ville de Saguenay. « De toute façon, ça n'intéresse pas notre auditoire », ajoute-t-il. Jean Tremblay pourra donc émettre son opinion sur l'actualité du jour, y compris la politique municipale de Québec, ce qui risque d'irriter son homologue Régis Labeaume, qui n'est pas réputé non plus pour avoir la langue dans sa poche. 

Un emploi rémunéré

Le maire sera rémunéré pour ses chroniques matinales d'une dizaine de minutes. Jean Tremblay a signé un contrat d'un an avec Cogeco, propriétaire du FM 93. Combien cela lui rapportera-t-il? « Question privée », répond son nouvel employeur.

Au cabinet du maire, on affirme ne pas le savoir et on refuserait de toute façon de dévoiler cette information, invoquant que cela relève de la vie privée du premier magistrat.

Danielle Pilette, professeure en gestion municipale à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), admet que rien n'oblige Jean Tremblay à dévoiler sa rémunération.

Elle croit toutefois qu'il est tout à fait légitime de lui poser la question. Elle ajoute que la pression risque d'être grande à ce sujet, puisque les citoyens peuvent se demander si son contrat d'animateur peut lui faire perdre de l'intérêt pour son emploi de maire à temps plein (pour lequel il reçoit 140 333 $ par année, sans compter son allocation de dépense de 15 976 $), et ce, même s'il consacre peu de temps à sa chronique quotidienne.

Questions d'éthique

Jean Tremblay dit avoir vérifié avec son conseiller à l'éthique qu'il n'enfreignait aucune règle en acceptant ce contrat, précisant que Cogeco n'a pas d'antenne à Saguenay. Le code d'éthique adopté par les élus de Saguenay en 2014 ne prévoit rien sur l'embauche d'un maire, encore moins dans une station de radio.

Danielle Pilette affirme que rien n'interdit à un maire à temps plein de consacrer une partie de son temps à un autre emploi. Elle croit que Jean Trembay doit cependant être prudent et éviter de se retrouver en conflit d'intérêts, car rien ne dit que Cogeco ne pourrait pas vouloir faire des affaires avec la Ville de Saguenay. Elle affirme que la prudence impose au maire de déclarer son intérêt dans les 30 jours suivant son embauche.

Stéphane Gendron, qui a été chroniqueur tout en étant maire de Huntingdon pendant plusieurs années (à 11 000 $ par année, précise-t-il), ne voit pas de problème non plus dans le double emploi du maire.

La chef de l'opposition à Saguenay, la conseillère de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD) Josée Néron, ne partage pas cet avis. Il s'agit selon elle d'un manque de respect envers les citoyens de Saguenay. Elle se demande où Jean Tremblay trouvera le temps de concilier sa tâche de maire et de chroniqueur du matin pour la radio de Québec. Elle craint surtout des dérapages et des controverses qui pourraient nuire à l'image de Saguenay. 

« Vous savez, un maire, en tout premier lieu, c'est l'image d'une ville, explique Mme Néron. Qu'on le veuille ou non, l'émission de radio à laquelle il va participer, c'est une émission qui attire parfois des commentaires assez controversés. »

Du jamais vu?

Tout comme Jean Drapeau à l'époque, l'actuel maire de Montréal, Denis Coderre, a lui aussi son émission. Il répond chaque semaine à des questions du public et des médias à LCN. M. Coderre ne touche cependant aucun cachet pour cette chronique qui permet aux citoyens d'être mieux informés sur la gestion et les politiques municipales en vigueur.

Le maire Tremblay nous a habitués à ses présences répétées dans les médias. Il a même ses micros préférés à Saguenay et anime ses propres capsules d'information destinées aux citoyens. Cette fois, Jean Tremblay sera le premier maire en fonction d'une grande ville à toucher un salaire de chroniqueur pour donner son opinion sur l'actualité. Si le maire nie vouloir se servir de cette tribune pour promouvoir une carrière politique à Québec ou à Ottawa, il a tout de même confirmé son intention de ne pas être à nouveau candidat aux élections municipales de novembre 2017.

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