La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) est grandement montrée du doigt relativement à la mort d'un enfant du Saguenay, qui a été laissé à ses parents malgré des signaux de négligence évidents.

Le jeune de 22 mois est mort le 18 juin 2016, moins d’un mois après avoir fait l’objet d’un signalement à la DPJ.

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse, qui a enquêté à la demande de la ministre Lucie Charlebois, vient de rendre un rapport accablant.

Le vice-président de la commission, Camil Picard, reproche à la DPJ de ne pas avoir protégé l’enfant.

« Deux médecins ont confirmé que le bambin souffrait d’une fracture au fémur, soulevant des doutes sur la thèse de l’accident soumise par les parents. Ils ont souligné être très inquiets et malgré cela, la DPJ n’a pas retenu la situation comme une urgence et a mis l’enfant sur une liste d’attente durant 23 jours sans intervenir », déplore M. Picard.

Quatre lacunes

Le vice-président soulève quatre lacunes qui contreviennent aux normes gouvernementales en place en matière de protection de la jeunesse au Québec.

  • Obligation de signaler

L’enquête montre qu’au cours des mois précédant sa mort le bambin a été vu par plusieurs professionnels dont un spécialiste en nutrition et un en physiothérapie, en plus d’être hospitalisé pour un traumatisme à l’oreille. Pourtant, le rapport note que personne n’a sonné l’alarme auprès de la DPJ.

  • Délai d’intervention

Selon le rapport d’enquête, une intervenante de la DPJ avait spécifié que la vulnérabilité de l’enfant devrait être considérée comme extrême. Par la suite, la DPJ a retenu le signalement, mais placé l’enfant sur une liste d’attente.

  • Vérification terrain

Après le signalement des médecins, une intervenante de la DPJ a convoqué la mère et l’enfant à son bureau. Selon la commission des droits de la personne et les normes d’intervention québécoises, l’intervenante aurait dû se rendre au domicile de l’enfant. D’autant plus, que la mère s’est finalement présentée sans lui à la rencontre.

  • Type d’intervention

La commission émet de grandes critiques à l’endroit de la DPJ au sujet de l’évaluation de la situation.« Le signalement a été retenu sur des négligences pour méthodes éducatives, mais avec les informations que les gens avaient ce n’était pas le bon choix », conclut le vice-président, Camil Picard.

Recommandations

Sans avoir le pouvoir d’imposer des sanctions, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse y va de recommandations claires pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise.

  • Formation ou rappel immédiat aux professionnels de la santé de l’obligation de signaler les cas de négligence
  • Révision des pratiques d’intervention à la DPJ
  • Rappel des normes ministérielles en vigueur
  • Vérification régulière auprès des enfants en bas âge qui sont sur une liste d’attente
  • Déplacement du personnel au domicile l’enfant pour évaluer adéquatement le niveau de danger

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse donne jusqu’au 1er octobre prochain aux personnes concernées pour mettre ces recommandations en application.

Réaction du CIUSSS

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) assure qu’elle prend toutes les recommandations très au sérieux et des changements ont déjà été apportés. Un expert externe sera aussi mandaté pour assurer la mise en place des correctifs proposés.

« Cet expert aura le mandat d’analyser nos façons de faire et notre organisation de services en jeunesse », a assuré la présidente-directrice générale, Martine Couture.

Elle ajoute que la situation n’émane aucunement du processus de création du CIUSSS l’an dernier ou d’un manque de ressources quelconque.

De son côté, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, assure qu’elle veillera à ce que toutes les recommandations soient mises en place dès que possible.

Elle rappelle également qu’une vaste enquête est en cours pour évaluer l’ensemble des services en protection de la jeunesse au CIUSSS.

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