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La réforme de l’assurance-emploi a-t-elle nui aux chômeurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean? L’épreuve des faits

Alors que le Parti libéral du Canada (PLC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois accusent les conservateurs de s'être attaqués aux chômeurs plutôt qu'au chômage avec la réforme de l'assurance-emploi, le ministre sortant Denis Lebel soutient que le nombre de prestataires n'a pas diminué au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Lors de l'entrée en vigueur de la réforme, en janvier 2013, les groupes sociaux fulminaient contre les nouveaux critères obligeant les prestataires fréquents à accepter des emplois plus loin de chez eux, même si leur salaire diminuait.

« Il y a deux ans, on nous avait annoncé un drame dans l'assurance-emploi, affirmait Denis Lebel en conférence de presse au cours des derniers jours. À part les partis politiques et les dirigeants syndicaux, on n'en entend plus parler. Il y a même plus de gens aujourd'hui qui reçoivent de l'assurance-emploi qu'il y a quelques années. »

Dans les faits, le nombre de prestataires d'assurance-emploi a diminué, passant de 7670 en 2012 à 7090 en 2015. Le taux de chômage a augmenté durant la même période.

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Cependant, la possibilité de voir le nombre d'assistés sociaux bondir parce que ces chômeurs n'auraient plus de revenus, comme le craignaient les groupes de défense des chômeurs, ne s'est pas concrétisée. La région compte moins de prestataires d'aide sociale qu'il y a deux ans.

Selon l'économiste de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Marc-Urbain Proulx, même si la réforme de l'assurance-emploi peut être difficile pour certains, elle a un objectif louable. « Quand quelqu'un qui entrevoit à 20 ans sa carrière et qui va être constamment dépendant de l'assurance-chômage, je pense que cette personne-là doit se réorienter sur le marché du travail et doit changer de région, s'il y a lieu », dit-il.

Relier les chômeurs aux emplois disponibles

Le candidat conservateur dans la circonscription de Lac-Saint-Jean réitère durant la campagne que l'objectif de la réforme est d'arrimer les chômeurs aux emplois disponibles.

« Les autres partis voudraient qu'une année de travail soit de neuf semaines, de 45 jours pour avoir une année d'assurance-emploi, quand les employeurs nous disent manquer de main-d'œuvre », précise Denis Lebel.

Selon Emploi Québec, 12 400 personnes cherchent activement un emploi au Saguenay-Lac-Saint-Jean, pendant que 1800 entreprises régionales auraient des postes vacants.

Toutefois, le président de la Chambre de commerce et d'industrie Lac-Saint-Jean-Est, Keyven Ferland, croit que la réforme de l'assurance-emploi n'a pas réglé ce problème.

« Dans les travailleurs saisonniers, par exemple les bleuetières, ils ont de la difficulté à avoir de la main-d'œuvre locale pour y travailler. C'est un problème qui était là avant, qui n'est toujours pas réglé », souligne-t-il.

Les petites et moyennes entreprises qui ont besoin de main-d'œuvre n'ont pas vu de changement non plus. « On ne le voit pas, on ne voit pas la donnée si ça facilite ou pas, ajoute Keyven Ferland. Pour les emplois spécialisés, on n'a pas plus de main-d'œuvre, pas plus de candidats. »

« La réforme de l'assurance-emploi ne règle pas ce genre de problème, soutient Marc-Urbain Proulx, parce que ce qu'il faut, c'est davantage de formation professionnelle et davantage d'éducation bien ciblée. »

Or, la formation professionnelle et l'éducation sont de compétence provinciale.

Avec les informations de Gilles Munger

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