Ils ont de 61 à 86 ans, skient quotidiennement et parcourent de 100 à 200 kilomètres par semaine. Ces fondeurs, je les ai rencontrés au Centre plein air Bec-Scie de l'arrondissement de La Baie. Non seulement j'ai eu droit à une leçon technique, mais aussi d'humilité.

Un texte de Cendrix Bouchard

Tout a commencé en décembre quand j’ai décidé de passer du pas de patin au pas classique en ski de fond. Pour apprendre les rudiments, mon père m’offre d’aller skier avec son groupe composé de retraités qui pratiquent ce sport depuis des décennies.

Je peinais à suivre ces hommes qui, dans certains cas, ont presque deux fois mon âge.

Bien entendu le handicap technique est incontournable, mais tout de même! Je suis au début de la quarantaine et j’ai complété plusieurs marathons, ultramarathons et triathlons, dont un Ironman.

Les voir m’a inspiré au plus haut point. Ces hommes, car dans le cas présent ce sont tous des hommes, sont l’exemple même de ce que vieillir en santé représente.

Ils sont une dizaine à se croiser presque tous les jours sur les pistes du Bec-Scie. Si vous n’y avez jamais skié, sachez que pour effectuer la boucle de 17,5 kilomètres, il faut monter plus de 200 mètres. Ce n’est donc pas de tout repos.

Parmi eux, Jacques Duperré, 78 ans, est un athlète accompli. Il a complété le marathon de Boston dans les années 80 dans un temps d’environ trois heures.

« Moi, j’essaie de faire cinq jours semaine. Les sorties varient entre 23 et 30 kilomètres », raconte-t-il.

Il est aussi l’un des membres fondateurs du Centre plein air Bec-Scie et a aidé à aménager les pistes dans les années 70. « On avait beaucoup de cœur à l’ouvrage puis on aimait le ski et on aimait le plein air. Toutes les fins de semaine on venait travailler au centre », précise Jacques Dupéré.

Le doyen du groupe se nomme Eddy Fillion et il a 86 ans. On me l’a présenté comme un homme très timide et c’est le moins qu’on puisse dire. Il n’a pas voulu faire de commentaires, mais ses skis ont parlé pour lui.

Le voir dévaler certaines pentes à près de 40 kilomètres à l’heure ou même dépasser parfois un autre skieur est tout simplement incroyable.

C’est comme si ces skieurs avaient trouvé la fontaine de Jouvence au fond des bois.

Dans le cas de Claude Simard qui a 68 ans et qui est diabétique de type 2, l’activité physique est incontournable.

« C’est très bon pour ma santé, ça fait que j’adore ça. Je fais de la marche, du vélo, beaucoup d’activités pour garder ma forme, mais la plus belle forme c’est ici, l’hiver. C’est tellement plaisant que je ne m’ennuie pas de l’hiver », se réjouit Claude Simard.

Émile Tremblay n’est pas différent. À 70 ans, il ne peut concevoir de ralentir.

Vieillir, une limite à l’entraînement?

Mais une question se pose : est-ce recommandé de faire autant de sport lorsqu’on avance en âge?

La chiropraticienne Émilie Villeneuve-Ouellet explique que même s’il y a une perte de flexibilité et de masse musculaire en vieillissant, le sport dans une intensité modérée ou un peu plus intense peut être bénéfique.

« L’activité physique peut venir contrer certains effets. On n’arrête pas le vieillissement, mais on peut le contrôler un peu. C’est très bon de faire du ski de fond, de faire un entraînement avec de l’endurance », ajoute la copropriétaire de Remix Santé.

Au-delà de la santé physique, il y a la santé mentale. Serge Potvin goûte pleinement les bienfaits de l’endorphine que son corps sécrète grâce au ski.

Bien plus qu'un sport

Une autre dimension à ne pas négliger est l’esprit de camaraderie et l’aspect social de ce groupe de fondeurs.

Bien qu’ils skient seuls ou en petits groupes, tout le monde se connaît et se croise dans la salle de fartage. C’est l’occasion de discuter et de se jouer des tours comme de cacher les bottes de l’un ou de déplacer les skis de l’autre. Ils créent l’ambiance au centre plein air.

L’été, pas question de se reposer. Les fondeurs enfourchent leur vélo pendant la saison estivale. Un sport qu’ils pratiquent pour les mêmes raisons que le ski de fond.

« Parce que nous autres ce qu’on n’aime pas, c’est la solitude alors plus on est de fous, plus on se fait du plaisir, plus on s’amuse, plus on vieillit avec un plaisir immense », conclut Guy Maltais.

Alors cet été, vous croiserez peut-être en voiture ce groupe de cyclistes sur les routes du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Si c’est le cas, laissez-leur un peu de place. Ils le méritent bien!

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