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Les Cris de Mistissini deviennent les seuls gestionnaires de la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi

Le gouvernement du Québec confie à la Nation crie de Mistissini la gestion complète de la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi, située en Eeyou Istchee, le territoire des Cris du Québec.

Un texte de Karoline Benoit, d'Espaces autochtones

Depuis 2005, la gestion de cette réserve faunique était assurée conjointement par la Nation crie et par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq).

Pour le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, ce transfert, en vigueur depuis le 1er avril, « favorisera la participation des communautés autochtones à la gestion et à l’utilisation du territoire ».

« La Nation crie de Mistissini est tout à fait apte à assumer ses responsabilités dans le domaine », ajoute le ministre responsable des Affaires autochtones au Québec, Geoffrey Kelley.

« Enfin », s’écrit le chef adjoint de la Nation crie de Mistissini, Gerald Longchap, qui pilote le dossier.

Il explique que le transfert de la réserve faunique aux Cris de Mistissini était prévu dans la paix des braves, l’entente politique et économique signée en 2002 entre les Cris du Québec et le gouvernement provincial. Un transfert qui devait se faire « le plus vite possible », dit-il.

« Ça fait très longtemps qu’on s’est fait dire qu’il y aurait des emplois [pour nous] et que la gestion des pêches allait nous être donnée », clame Gerald Longchap.

Il raconte que le transfert de la gestion de la réserve est significatif pour lui, car depuis son enfance, « il se fait dire que les Cris n’ont pas le droit d’entrer dans ces parcs-là, parce qu’ils sont pour les clients ».

« Pas un vrai partenariat » avec la Sépaq

Gérald Longchap soutient que la collaboration établie en 2005 avec la Sépaq n’était pas du tout satisfaisante pour les Cris.

« On était dans un partenariat, oui, avec des réunions, mais on n’était jamais impliqués dans les emplois, dans les décisions financières et administratives », déplore-t-il.

Avec le transfert, les Cris seront maintenant dans « le driver seat », dit-il. « C’est nous qui allons être les administrateurs ».

Il explique que la Nation crie pourra maintenant prendre les décisions, notamment en ce qui concerne les trappeurs de Mistissini.

« Il n’y avait pas de transfert d’information entre la Sépaq et les tallymen », affirme-t-il.

Les « tallymen », ou maîtres de trappe sont ceux qui habitent et supervisent un territoire désigné.

« C’est eux qui sont sur place, dans leur territoire de chasse. Et personne ne s’est référé à eux sur la façon que la réserve doit être gérée », décrie-t-il.

La Nation crie compte donc très rapidement consulter les trappeurs sur les questions de pêche et de chasse.

Des changements à prévoir

Le nom de la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi sera éventuellement modifié pour s'appeler réserve faunique Nibiischii.

Gerald Longchap affirme aussi que les Cris vont sûrement changer certaines pratiques établies par la Sépaq.

« Il y aura un contenu cri, la façon de faire va être différente, dit-il, car la façon de faire de la Sépaq était basée sur la province du Québec ».

Le chef adjoint soutient que la communauté est entre autres ouverte à l’idée d’ouvrir la réserve faunique à la pêche commerciale, notamment dans le lac Mistissini, le plus grand lac d'eau douce au Québec.

« On sait ce qu’on a à offrir, on sait ce qu’on a dans nos lacs », dit-il, mentionnant entre autres le doré, le brochet, la truite grise et la truite mouchetée.

« Je crois qu’il va y avoir un changement dans les quantités de poissons pêchés ». « Mais il ne faut pas vider les lacs », assure-t-il.

Une possible ouverture à la chasse sera aussi au cœur des discussions cette année. Sous la gouverne de la Sépaq, la chasse n’était pas permise dans cette réserve faunique et de toute façon, les maîtres de trappes « ne voulaient pas ouvrir leurs terres aux chasseurs non autochtones », raconte Gerald Longchap.

Une attitude qui pourrait changer, croit le chef adjoint. « C’est une question à leur poser cet été ».

Il estime toutefois que la question de la pêche et de la chasse à des fins commerciales ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté, les jeunes y étant plutôt favorables tandis que les aînés déplorent qu’on veuille « donner un prix aux animaux ».

Le statu quo pendant un an

Mais les vacanciers qui se rendront dans la réserve faunique cette année remarqueront peu de différences puisque la Sépaq y sera encore pour une période de transition d’un an, notamment pour former les nouveaux employés.

Les réservations s’effectuent donc toujours de la même façon.

« La clientèle est importante pour nous. Et on félicite les gens de la Sépaq de Chibougamau qui ont permis que les gens reviennent d’année en année », dit Gerald Longchap.

La Sépaq continuera également de gérer la subvention annuelle de 330 000 dollars remise à la réserve faunique, mais seulement pour cette année. Dès l’an prochain, la nouvelle Corporation Nibiischii en aura la responsabilité.

Un projet de création d’un nouveau parc

La Nation crie de Mistissini voit grand. Maintenant qu’elle a obtenu la gestion complète de la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi, elle projette la création d’un nouveau parc québécois, le parc Nibiischii, dont elle aurait la gestion.

Ce parc, situé en territoire traditionnel cri, couvrirait un territoire de 11 000 km2 et protégerait la quasi-totalité des monts Otish, la rivière Témiscamie, le lac Albanel et le lac Mistassini.

Gerald Longchap explique être déjà en discussion avec le gouvernement du Québec à ce sujet et croit que le parc pourrait ouvrir ses portes dans deux ou trois ans.

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