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Les producteurs de bois d'oeuvre du Québec réclament un coussin financier de Québec et d'Ottawa

Les producteurs de bois du Québec suggèrent à Ottawa de durcir le ton dans ses négociations avec les Américains. Ils sollicitent également un coussin financier pouvant atteindre jusqu'à 5 milliards de dollars afin de protéger les scieries et les emplois canadiens en cas de conflit prolongé.

Un texte de Christian Noël

Ces scénarios ont été discutés lors d'une rencontre avec la ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, à Montréal, au début de juin.

Les négociateurs canadiens étaient d'ailleurs à Washington la semaine dernière. La question du bois d'œuvre reviendra sur le tapis cette semaine, alors que le premier ministre Justin Trudeau accueille à Ottawa ses homologues américain et mexicain, Barack Obama et Enrique Peña Nieto.

Une bataille jusqu'au bout

Les producteurs québécois, et certains de leurs collègues ontariens, croient qu'au lieu de conclure une entente avec les États-Unis, le gouvernement canadien devrait plutôt prendre la voie des tribunaux, devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

« Ce serait la première fois que le Canada s'en remettrait complètement à l'OMC et attendrait la décision finale, sans conclure d'entente bilatérale avec les États-Unis », avance le PDG du Conseil de l'industrie forestière du Québec, André Tremblay.

Selon lui, une entente négociée « limite nécessairement l'exportation du bois d'œuvre canadien vers les États-Unis », soit par des quotas ou des barrières tarifaires (de 15 % à 25 %), « qui limite l'expansion de l'industrie ». Tandis que si le Canada remet le dossier entre les mains de l'OMC, André Tremblay espère « gagner un plein accès au marché américain », soit une situation complète de libre-échange.

Quels sont les risques?

Une bataille juridique devant l'OMC pourrait prendre plusieurs années avant d'être réglée. Le résultat n'est pas garanti non plus, explique le professeur Luc Bouthillier de l'Université Laval.

Les chances du Canada devant l'OMC sont quand même bonnes, souligne-t-il. « L'aide forestière a évolué dans toutes les provinces. Le système de redevance au Québec se rapproche du libre marché. » Difficile donc pour les États-Unis de dénoncer une subvention à l'industrie par les gouvernements provinciaux qu'ils jugent déloyale.

Sans compter que les États-Unis pourraient décider de faire fi d'une décision de l'OMC. Dans ce cas, « l'OMC pourrait autoriser le Canada à imposer des représailles de même nature, pour un montant équivalent », selon le professeur Bouthillier, ce qui pourrait alors entraîner les deux pays dans une guerre tarifaire.

Soulever le spectre d'une décision de l'OMC est « certainement » une tactique de négociation de la part de l'industrie canadienne du bois d'œuvre, selon le professeur. Les autorités américaines ne veulent pas d'une cause internationale qui montrerait que ce sont des mauvais partenaires économiques. « Ce genre de poursuite devant l'OMC peut être perçu comme une épine au pied. »

Une aide de 5 milliards de dollars

Les producteurs québécois ont également demandé à la ministre Freeland un coussin financier pouvant aller jusqu'à 5 milliards de dollars, advenant un conflit prolongé.

« Ça se ferait sous forme de garantie de prêt », explique André Tremblay, afin de payer les « droits compensatoires temporaires qui commencent à s'imposer au début du litige commercial. Pendant qu'on règle le différend devant l'OMC, les moulins à scie doivent payer ces taxes-là », explique-t-il.

« Le gouvernement du Québec devra aussi faire sa part » dans ces garanties de prêt, selon M. Tremblay.

L'industrie canadienne laisse savoir qu'elle a les reins beaucoup moins solides qu'il y a dix ans. Lors de la dernière guerre du bois d'œuvre, ces droits tarifaires temporaires avaient coûté 5 milliards de dollars à l'industrie canadienne, qui n'en avait récupéré que 80 %. Un milliard est resté dans les poches des producteurs américains. « Mais cette fois-ci, les réserves sont basses », convient le professeur Bouthillier.

Réponse d'Ottawa

La demande de garantie de prêt de l'industrie a fait son chemin à Ottawa, jusqu'au bureau du ministre des Finances. « Bill Morneau a été sensibilisé à la nécessité de mettre cette équation financière dans la préparation de son prochain budget », assure André Tremblay.

En point de presse la semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau semblait peu optimiste d'en arriver à une entente avant sa rencontre avec Barack Obama, mercredi.

« C'est un enjeu extrêmement difficile, un grand défi pour le gouvernement canadien », reconnaît Justin Trudeau, et l'élection du prochain président américain en novembre, avec des idées plus protectionnistes, pourrait compliquer les choses.

« C'est évidemment quelque chose de très positif qu'on ait maintenant de très bonnes relations avec le gouvernement américain. »

Une industrie canadienne divisée

Les producteurs de la Colombie-Britannique sont réticents à l'approche plus agressive avancée par leurs collègues québécois.

La Colombie-Britannique préfère une entente négociée et « modernisée », afin de « créer plus de certitude et de stabilité pour les producteurs de bois d'œuvre des deux côtés de la frontière », affirme la PDG du Conseil du bois d'œuvre de Colombie-Britannique, Susan Yurkovich.

Par voie de communiqué, elle ajoute cependant que les producteurs britanno-colombiens sont malgré tout « prêts à défendre leurs intérêts contre toutes barrières commerciales qui seraient imposées par les États-Unis ».

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