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Militants : travailleurs de l’ombre en campagne électorale

Dans toute campagne électorale, des armées de militants travaillent dans l'ombre pour faire élire leur candidat. Que leurs équipes soient grandes ou petites, ceux qui sollicitent la confiance des électeurs reconnaissent leur importance.

Un dossier de Chantale Desbiens

Les militants font de tout : installation d'affiches, porte-à-porte avec le candidat, appels téléphoniques, stratégie, communication avec les médias, transport.

Qu'est-ce qui les motive à quitter le confort de leur foyer pour donner du temps à l'élection d'un candidat? Nous avons rencontré des militants du Parti conservateur, du Bloc québécois, du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique pour qu'ils nous expliquent.

La nouvelle garde

Depuis le déclenchement de la campagne électorale, Marilou Dufour passe au moins dix heures par semaine dans l'un des locaux des trois candidats du NPD au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C'est une première expérience pour l'étudiante en administration qui est coprésidente des jeunes néodémocrates du Saguenay-Lac-Saint-Jean et vice-présidente de l'association du NPD dans Chicoutimi-Le Fjord.

Dans le bureau d'à côté, Émile Collard fait des appels avec autant d'enthousiasme pour convaincre les électeurs de voter pour la candidate du parti dans Jonquière, Karine Trudel. Il a fait ses premiers pas dans l'organisation d'Alexandre Boulerice, alors qu'il était étudiant en sciences politiques à l'Université de Montréal. Il est de retour dans sa région natale pour aider l'équipe néo-démocrate.


« Je crois que c'est vraiment d'aller chercher la base électorale, montrer à quel point notre candidat, ce n'est pas juste quelqu'un qui passe à la télé, qui est sur les poteaux », dit-il pour justifier son engagement.

C'est au centre social de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) que l'équipe libérale, qui n'a pas de local électoral, nous a donné rendez-vous. Les candidats de tous les partis et leurs bénévoles, dont Sylvain Jomphe, y rencontrent les étudiants.

Sylvain Jomphe a été président du Mouvement des associations générales étudiantes (MAGE-UQAC) avant de joindre l'équipe du candidat du Parti libéral dans Chicoutimi-Le Fjord, Denis Lemieux, à l'automne 2014. « Je suis devenu militant pour Denis Lemieux plus que pour le Parti libéral, précise-t-il. C'est vraiment pour Denis que je me suis impliqué parce que quand je l'ai rencontré la première fois, il m'a parlé, il m'a expliqué un peu sa vision des choses, c'était quoi ses objectifs et ses valeurs et ça m'a vraiment rejoint et je me suis dit moi, j'embarque avec quelqu'un comme ça. »

S'il avoue trouver parfois difficile d'être dans la mêlée pour défendre des idées qui ne font pas toujours l'unanimité, Sylvain Jomphe continue de s'impliquer parce que cela lui permet de développer des habiletés et des connaissances qu'il n'aurait pas pu acquérir autrement.

Militants de longue date

Magella Archibald a pris quelques minutes pour nous parler de l'engagement qu'il maintient dans le mouvement souverainiste depuis les années 70 avant d'accompagner le candidat du Bloc québécois dans Jonquière dans son porte-à-porte. Il consacre un à deux soirs par semaine à Jean-François Caron.

Magella Archibald était dans les Forces armées canadiennes au moment de la crise d'Octobre 1970. C'est là qu'est née sa fibre souverainiste. « L'espoir d'avoir l'indépendance du Québec, c'est ancré dans mon cœur », ajoute-t-il pour justifier son attachement au Bloc québécois et au Parti québécois.

Une campagne de 78 jours

M. Archibald n'en est pas à sa première campagne électorale. Il a même été candidat pour le Parti nationaliste du Québec à l'élection de 1984, année où Jean-Pierre Blackburn a été élu député pour la première fois pour le Parti progressiste conservateur.

C'est cependant la première fois qu'il participe à une campagne de 78 jours, un élément qu'il considère comme un atout sur le terrain avec des candidats inconnus des électeurs. « Je pense que la longueur de la campagne signifie pour nous une chance de faire passer notre message parce qu'on n'a pas nécessairement les moyens des autres partis », souligne-t-il.

Chez les conservateurs dans Jonquière, on voit aussi la longueur de la campagne comme un avantage. Même si c'est le parti qui formait le dernier gouvernement, l'organisation a dû reconstruire sa base militante qui s'était effritée après la défaite de Jean-Pierre Blackburn, en 2011.

« Quand la campagne est déclenchée dans les règles de 33 ou de 36 jours, la première semaine tu la perds en organisation, affirme le président de l'association conservatrice de Jonquière, Régis Gaudreault. Là, Ursula Larouche a eu le temps de chercher un local, d'organiser son personnel et tout. »

Régis Gaudreault milite en politique depuis qu'il a le droit de voter, en 1976. Il est allé au Parti québécois comme chez les libéraux au Québec, puis s'est joint aux conservateurs en 2008.

Pendant toutes ses années de militantisme, le président de l'association conservatrice de Jonquière a toutefois remarqué que l'engagement fait de moins en moins d'adeptes. « Le cynisme politique fait en sorte qu'il y a un désintéressement total, croit M. Gaudreault. Les gens sont moins motivés, les gens veulent être rémunérés alors on tient ça comme on peut avec les moyens du bord. »

À l'approche du jour J, un plus grand nombre de militants se manifestent auprès des organisations et des candidats que ce soit pour ajouter une corde à leur arc, pour défendre une cause qui leur tient à cœur ou pour appuyer une personne en qui ils croient.

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