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Notre journaliste raconte son expérience au procès d’Yves Martin

Un procès devant jury, ça demeure un événement rare et particulier dans le monde judiciaire. La salle 3.09 du palais de justice de Chicoutimi est présentement le théâtre du procès d'Yves Martin, accusé d'avoir causé la mort d'une famille de trois personnes dans le rang Saint-Paul de Chicoutimi en août 2015.

« Et puis, comment c'est de couvrir un procès devant jury? »

Comme la plupart de mes collègues, j'avais déjà assisté à des procès devant un juge, mais couvrir un procès devant jury, c'est une première dans mon cas. Les caméras et les micros sont interdits dans les salles d'audience. Les procès sont accessibles au public, mais pour ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans un palais de justice, voici un petit guide de survie pour débutants.

Debout s’il vous plaît

Il y a des règles et un décorum à respecter dans une salle d'audience. Tout le monde doit se lever lorsque le juge entre et sort de la salle. Nous répétons le même exercice lorsque les 12 membres du jury prennent place et quittent la salle.

Il faut refaire ce geste chaque fois qu'il y a un point débattu hors jury, soit deux à quatre fois par jour en moyenne, lors des pauses de 15 minutes en matinée et en après-midi et c’est la même chose sur l'heure du dîner. De quoi avoir des jambes bien musclées à la fin de la journée.

Répondez-moi, mais ne me regardez pas

Lors d'un procès devant jury, les témoins doivent répondre aux questions des avocats en regardant les jurés. Cela donne une dynamique étrange, car parfois les esprits peuvent s'échauffer pendant un contre-interrogatoire.

L'avocat talonne un témoin à la barre et ce dernier doit répondre en regardant 12 visages différents. Toutefois, le juge et les avocats sont indulgents sur ce point et des écarts sont tolérés. Seriez-vous capable de le faire?

Où sont les projecteurs?

En assistant à un procès, on comprend rapidement qu'on n'est pas dans un film ou un téléroman. Les témoins sont des policiers, des ingénieurs ou des gens sans histoire qui racontent leur version des faits, peu importe leur talent de communicateur.

Les déclarations-chocs et les envolées oratoires sont plutôt rares. L'interrogatoire et le contre-interrogatoire d'un témoin peuvent durer 10 minutes seulement ou s'étirer pendant huit heures. Rien n'est coupé au montage... comme dans la vraie vie.

Patience, mère de toutes les vertus

La justice, c'est beaucoup de procédures et de documents. Même si les juges et les avocats connaissent bien leurs dossiers, ils ne sont pas des ordinateurs. Ils doivent parfois lire, relire, étudier ou analyser des requêtes et des décisions à quelques minutes d'avis.

Le juge suspend l'audience pour permettre à tous de prendre connaissance des informations déposées. Ces pauses sont très fréquentes. Parfois, un journaliste judiciaire passe plus de temps à l'extérieur de la salle qu'à écouter les audiences pendant une journée.

Dire ou ne pas dire? Là est la question…

Les discussions devant les jurés se concentrent exclusivement sur les faits. Les 12 membres du jury doivent quitter la salle lorsque le juge et les avocats clarifient des points de droit ou des règles administratives.

Ces discussions sont ouvertes au public et aux journalistes, mais les médias ne sont pas autorisés à rapporter ces détails jusqu'aux délibérations du jury. C'est ce qu'on appelle une ordonnance de non-publication. Bref, c'est comme garder un secret que tout le monde peut connaître, sauf 12 personnes.

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