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Que reste-t-il de l’héritage de Jean Tremblay?

Cent jours sont passés depuis l'élection de Josée Néron à la mairie de Saguenay : une occasion pour le Groupe de recherche et d'intervention régionales (GRIR), de revenir sur les 20 ans de vie politique municipale de Jean Tremblay.

Un texte de Denis Lapierre

Pour scruter l’héritage de Jean Tremblay, le GRIR avait invité quatre panélistes et critiques de longue date de l’ancien maire et de son administration qui, encore une fois, n’ont pas mâché leurs mots pour décrire ses 15 ans à la tête de Saguenay.

Pour l’économiste Gilles Bergeron, par exemple, il n’est pas exagéré de qualifier « d’autoritaire » l’administration Tremblay-Harvey, en référence à son conseiller politique principal Ghislain Harvey.

« Une gestion autoritaire qui fait peu de place à la participation et à la créativité et un maire qui sait tout ce qui est bon pour ses citoyens et pour sa Ville », a-t-il ironisé devant la quarantaine de personnes venues assister à la discussion.

« Le succès politique de cette administration qui a duré 15 ans, à l’image de toute dictature qui se respecte, est dû principalement au fait qu’elle était passée maître dans l’art de la propagande » a renchérit Jacques Pelletier, ex-président de l’Équipe du renouveau démocratique, le parti politique de l’actuelle mairesse de Saguenay, aussi auteur de l’essai Saguenay sous l’administration Tremblay.

Le politologue Michel Roche, lui aussi auteur de plusieurs textes et analyses sur l’administration Tremblay, a pour sa part favorisé la comparaison avec le régime de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis qui a dirigé le Québec de façon continue de 1944 à 1959.

« Il y a effectivement des ressemblances parfois troublantes entre les deux régimes. Combien par exemple ont ressenti en novembre dernier qu’on sortait d’une espèce de noirceur? », s’est demandé Michel Roche, faisant référence à la Grande Noirceur, terme utilisé pour qualifier les 15 ans du duplessisme qui ont précédé la Révolution tranquille au Québec.

Une chape de plomb sur la région

Pour les panélistes, un des effets les plus pernicieux du « régime » Tremblay aura été de forcer ses critiques au silence.

Michel Roche parle d’un régime clientéliste, qui favorise ses partisans et punit ses opposants en les privant du soutien municipal.

« Ce qui caractérise ce système, c’est l’extrême situation de dépendance des individus et la fabrication de leur capacité à en penser le changement », explique-t-il, citant le politologue français Jean-François Médard.

La chroniqueuse Isabel Brochu utilise pour sa part le terme de « profilage politique ».

« Ceux qui dénonçaient l’administration que ce soit sur Facebook ou autre étaient ciblés et n’avaient plus aucun contrat avec Saguenay » affirme celle qui a fait partie du comité de transition nommé par Josée Néron après son élection en novembre dernier.

Nouveau conseil, nouvelles pratiques?

Sans doute, estiment les quatre participants à la table ronde, même si le changement d’élus ne règle pas tout.

Il y a encore beaucoup de travail à faire, en matière de transparence. Gilles Bergeron par exemple soutient que le budget municipal tel que présenté sur le site de la Ville demeure toujours aussi incompréhensible.

Il y a aussi Promotion Saguenay, dont il faut revoir le fonctionnement. Enfin, il faudra aussi rétablir la collaboration de la métropole régionale avec le reste de la région et particulièrement le Lac-Saint-Jean, un aspect tout à fait négligé, voire méprisé par Jean Tremblay, juge Gilles Bergeron.

Il considère essentiel de « rétablir les ponts » pour assurer le développement économique du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

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